
train et que mes charrons en viendroient à
leur honneur, je détachai une partie dé
mon monde, et l ’envoyai réparer, près du
torrent que nous étions sur le point de traverser
, les chemins et les ravines que les
eaux avoient dégradés. J’avois fait porter
des pierres et de grosses branches d’arbres,
pour combler les fondrières q u i, sans cette!
précaution, auroient déboîté, petit-être même
rompu, mes voitures ; lorsqu’à force de ces
corvées pénibles nous fûmes parvenus Û
adoucir les passages, le 5o a v r il, je fis défiler
devant moi ma caravane; et, jetant un
dernier coup-d’oeil sur le délicieux hêrmi-
tage de Pampôen-Kraal> je le quittai avec
plus de regret qu’un amant ne se sépare de
sa maîtresse, Depuis, j’ài demandé plus d’une
fois des nouvelles de ce* charmant asyle, et
j ’ai eu la satisfaction d’apprendre que non-j
seulement il avoit été respecté, mais que!
les Hottentots lui avoient donné mon nom.
Malgré toutes mes précautions, nous eûmes
beaucoup de peine à passer le trou de
Kayman, ainsi que la rivière q'ue les Hottentots
nomment en leur langue Krakede-
K au , ce qui signifie le Gué des Filles / ce
pays étoit autrefois habité par des Hottentots,
qui sont actuellement anéantis ou dispersés
de côté et d’autre. Les grandes fosses
qu’on rencontre de distance en distance,
annoncent qu’ils étoient chasseurs, et qu’ils
attrapoient^dans leurs pièges, des buffles et
des éléphans , qu’on ne voit plus, ou très-
rarement , dans ce quartier.
Après huit heures de marche, nous arrivâmes
près de la Swarte-rivier (la rivière
[Noire ) ; elle étoit encore débordée par les
[pluies, et nous fumçs obligés de la passer
[sur des radeaux, que nous construisîmes à
[l’instar de ceqx que nous avions déjà précédemment
faits; des traces de buffles toutes
fraîches nous firent séjourner à l’autre bord,
jet j’eus enfin le plaisir d’en tuer un; le Hot-
tentot que j ’avois mené avec moi en tua un
autre. Je revins vite au camp annoncer cette
[bonne nouvelle, qui promettoit à mes gens
des vivres pour long-temps, en cas de dé-
I tresse. Comme nous avions tué ces deux ani-
jmaux sur le bord de la rivière, au-dessus
de l’endroit où je venois de m’établir, je les
fis pousser au courant, qui les amena devant
ma tente, et là ils furent aussitôt dépeçés.
Je voulus qu’on les coupât par tranches fort
minces pour être plus aisément saupoudrés