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LE MANCHOT AIGRETTE
Les ailes, totalement dépourvues de pennes,
[ pendent négligemment de chaque côté. I l ne
| s’en sert que pour nager, et ne peut absolu-
[ment point voler. A mesure que nous avan-
[cions vers le milieu de l ’île, nous en ren-
Icontrions- des troupes innombrables. Bien
|dressés sur leurs pattes, ces animaux ne se
I dérangeoient en aucune façon pour nous
! laisser passer; ils entouroient plus particu—
I lièrement le mausolée, et sembloient en
i défendre l’approche. Tous les environs en
i étoient obstrués. La n ature avoit fait pour le
L simple tombeau de ce pauvre capitaine da-
| nois, ce que va1 chercher bien loin l’imagination
d’un poète , et ce qu’exécute, à plus
I grands frais, le ciseau de nos artistes ; le
hideux chat-huant, le mieux sculpté dans
nos temples, n’a point l’air sinistre et mor-
I tuaire du manchot. Les cris lugubres de cet-
| animal, mêlés aux cris des veaux et des lions
| marins, imprimoient je ne sais quelle tris-
I tesse dans l’ame qui disposoit à l’attendris-
I sement. Je fixai quelque temps mes regards
! sur ce dernier asÿle d’un malheureux yoya-
I geur, et j’offris un soupir à ses mânes. Du
I reste le monument , élevé sans doute à la
| hâte, n’offroit rien de remarquable ; c’étoit