
dresser mes tentes à la lisière d’un bois. Je
ne connoissois de la médecine-pratique que
la diète et le repos; mes gens n’en savoient
pas davantage; j’allois, entre leurs mains,
courir de tristes hasards, si la maladie ern-
piroit. L ’accablement survint, et me força,
de rester couché dans mon chariot. La chaleur
du soleil en faisoit une fournaise ardente.
D ’horribles douleurs me déchiroient
les entrailles. Une dyssenterie cruelle se
déclara; j’entendis, à leur tour, mes gens se
plaindre l’un après l ’autre du même mal
J’imaginai alors que nous devions cette espèce
d’épidémie à la grande quantité de
poisson salé que nous avions mangé. J’ordonnai
sur-le-champ qu’on brûlât la provision
qui nous restoit ; la fièvre me con&u-
moit par degrés, mais je ne perdia point entièrement
les forces._Après douze jours d’une
transpiration abondante, le repos et la diète
en effet me rétablirent ; je pris de l ’exercice
avec modération; je tranquillisai ma tête,
et me trouvai de jour en jour mieux portant.
Le même régime rétablit tout mon
monde. Je ne manquai point d’ajouter à la
liste des grandes et sublimes découvertes,de
la médecine les bains de chaleur, et j’ai toujours
pensé que ces bains, ou le hasard,
in’avoient sauvé la vie.
Après mon parfait rétablissement, je repris
de nouveau mes occupations ordinaires;
l’exercice et la chasse» Dès ma première
course, je reconnus que nous étions flanqués
d’une seconde rivière, le Queur-Boom.
Elle tombe des montagnes de l’ouest, et
reçoit le "Witte-Dreft une lieue avant d’arriver
à la mer. Son embouchure est à côté
d’une baie connue des navigateurs, sous le
nom de baie l’Agoa.Dans un voyage que fit, de
ce côté, le gouverneur du Cap, Blettenberg,
il voulut qu’on gravât, sur une colonne de
pierre, son nom, l’année et le jour de son
arrivée. J’examinai ce pitoyable monument,
auquel il ne manquoit qu’une inscription
en vers pour le rendre encore plus digne de
mépris. Ce nom a prévalu dans toutes les
colonies ; la baie Y^goa n’est plus connue
que sous le nom de Blettenbergs-Baj. C’est
ainsi qu’un chétif piquet planté par la vanité
d’un particulier, donne tout-à-coup naissance
à des erreurs qui déconcertent les conventions
jusquès-là reçues, en même temps qu’elles
renversent les opinions" généralement
adoptées par les peuples. I l y avoit, dans