
femmes de la horde avec leurs eiifans, montées
sur leurs boeufs : une partie de leurs
hommes marchoit derrière. Celte compagnie
étoit encore escortée par six de mes chasseurs
» Mes trois voitures suivoient, avec le
reste de mes gens, tous armés.Enfin, monté
sur mon meilleur cheval, pour avoir l’oeil
à tout, je galoppois sur les ailes, à dro^e,^.
gauche, en avant, en arrière, dans la oràmtë
où j’étois sans cesse de quelqu’embuscade
imprévue ; car je puis assurer que le chef,
une fois démonté, toute la caravane n’eut
été qu’une boucherie horrible, et la proie
d’un moment
J’étois armé de toutes pièces. Je portois
Une paire de pistolets à deux coups dans les
poches de mes culottes, une autre paire pareille
à ma ceinture , mon fusüà deux coups
sur 1 arçqn de ma selle, un grand sabre’ à
mon noté, et un crit ou poignard à là boutonnière
de ma veste. J’avais dix coups à
tirer dans le moment Cet arsenal me gênoit
un peu dans les commencemens : cependant
je ne le quittai plus du tout, autant pour ma
propre sûreté, que parce qu’il me sembla
que j ’augmentois, par cette précaution, la
confiance de tout mon monde ; mes armes
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lui répondoient sans doute de mes résolutions
; dans cette pensée, chacun sui voit
tranquillement son chemin, se reposant sur
moi du soin de le défendre.
Cette caravane, en marche, étoit un spectacle
unique , "amusant, je pourrois dire
magnifique. Les sinuosités qu’elle étoit obligée
de faire en suivant les détours des rochers
et des buissons, lui donnoient continuellement
de nouvelles formes, et ce point
de vue varioit à chaque instant. Quelquefois
elle disparoissoit entièrement à mes regards
, et tout-à-coup, du haut d’un tertre,
je déeouvrois, à vue d’oiseau, dans le lointain
paon avant-garde, qui s’avançoit lentement
vers le sommet d’une montagne,
tandis que le corps général, quisuivoit sans
tumulte et. dans le plus bel ordre les traces
de ceux qui les avdient précédés., n^toit
encore qu’à mes pieds ; les femmes don-
noient à téter, à manger et à boire à leurs
enfans, assis à côté d’elles sur leurs boeufs ;
les uns pleuroient ; d’autres chantoient ou
rioient f les hommes , en fumant une pipe
sociale, causoient entr’e u x , et n’avoient
plus l’air de gens .qui fuient plein d’épou-
vante l’approche d’un ennemi cruel.