
bêtes ; pu is , à quelques pas de-là, je fis
construire quelques huttes ; ensuite nous
allâmes placer ma tente canonnière à une portée
de fusil de ce camp; je la fis masquer
avec des branches d’arbre pour qu’elle ne
fût point apperçue ; c’étoit-là que jecomp-
tois passer la nuit avec tous mes gens ; par
cette manoeuvre, je donnois le change à l ’ennemi
* s’il se fût en effet présenté, croyant
me surprendre dans mon camp, il s’y seroit,
à coup sû r , jeté à corps perdu ; c’est alors
que j’aurois eu le temps d’arriver sur lu i ,
et de le surprendre à mon tour.
La nuit ne fut pas tranquille. Nos chiens
nous donnèrent beaucoup d’inquiétude, et
nous ne dormîmes point.
A la pointe du jo u r , je vis arriver de loin
mes trois Hottentots ; ils amenoient avec eux
trois étrangers;l’un nommé Hans, fils d’un
blanc et d’une hottentote, avoit presque
toujours vécu parmi les Caffres; il en par-
loit facilement la langue ; quelques verres
d’eau-de-vie d’Orléans, que j’avois en réserve
, m’eurent bientôt gagné toute sa confiance,
et jé lui fis conter tout ce qu’il savoit
sur les affaires présentes. Ce qu’il m’apprit,
me confirma dans l’opinion que les Caffres,
en général, sont pacifiques et tranquilles ;
mais il m’assura que continuellement harcelés,
volés et massacrés par les blancs, ils
s’étoient vus forcés de prendre les armes
pour leur défense ; il me dit que les colons
publiaient par-tout que cette nation étoit
barbare et sanguinaire, afin de justifier les
vols et les atrocités qu’ils commettoient j ournellement
contre elle, et qu’ils tâchoient de
faire passer pour représailles; que, sous prétexte
qu’il leur avoit été enlevé quelques
bestiaux, ils avoient, sans distinction d’âge
et de sexe, exterminé des hordes entières de
Caffres, dérobé tous leurs boeufs, ravagé
leurs campagnes; que cette méthode de se
procurer des bestiaux leur paroissant plus
abrégée que celle d’en élever eux-mêmes,
ils en usoient avec tant d’indisCrétion, que
depuis un an ils en avoient partagé plus de
vingt mille, et qu’ils avoient impitoyablement
massacré tout ce qui s’étoit présenté
pour les défendre. Hans m’assura avoir été
témoin d’une anecdote, que je place ici
comme il me la raconta.
Une troupe de colons venoit de détruire
mie bourgade de Caffres; un jeune enfant
jd’environ douze ans s’étoit sauvé, et se te