
bre d’éléphans qu’il apperçott. I l descend; on
tient conseil, et nous prenons le dessous du
v e n t, pourapproelier sans être découverts.
I l me conduit si p rè s, à travers les broussailles,
qu’il me met en présence d’un de ces
énormes animaux. Nous nous touchions
pour ainsi dire ; je ne l’appercevois pas !
non que la peur eût fasciné mes yeux ; il
failoit bien ici payer de sa personne J et se
préparer au danger : j’étois sur u n petit
tertre au-dessus de l’éléphant même. Mon
brave Hottentot avoit beau me le montrer
du doigt, et me répéter vingt fois d’un ton
impatient et pressé, l e voila!... mais le
v o ila !... je ne le voyois toujours point; je
portais la vue beaucoup plus lo in , ne pouvant
imaginer que ce quej’avois à vingt pas
au-dessous de moi pût être autre chose
qu’une portion de ro ch e r, puisque cette
masse était entièrement immobile. A la fin
cependant, un léger mouvement frappa mes
regards. La tête et les défenses de l’animal,
qu’effaçoit son énorme corps, se tournèrent
avec inquiétude vers moi. Sans plus perdre
de temps, et mon avantage en belles contemplations
, je pose vite mon gros fusil sur son
p iv o t, et lui lâche mon coup au milieu du
front. Il tombe mort. Le b ru it en fit, su r-
le-champ , détaler une trentaine qui s’enfuirent
à toutes jambes. Rien n ’était plus amusant
que de voir le mouvemént de leurs
grandes oreilles qui battaient l’air en proportion
de la vitesse qu’ils mettoient dans
leur course : ce n’é to it-là que le prélude
d’une scène plus animée.
Jeprenois plaisir à les examiner, lorsqu’il
en passa un à côté de nous qui reçut u n coup
de fusil d’un de mes gens. Aux excrémens
teints de sang qu’il répandit, je jugeai qu’il
étoit dangereusement blessé ; nous commençâmes
à le poursuivre. Il se couchoit, se
redressoit, retomboit ; mais , toujours à ses
trousses, nous le faisions relever à coups de
fusil. L’animal nous avoit conduits dans de
hautes broussailles, parsemées çà et là de
troncs d’arbres morts et renversés. Au quatorzième
coup, il revint furieux contre le
Hottentot qui l’avoit tiré ; un autre l’ajusta
d’un quinzième qui ne fit qu’augmenter la
rage de l’éléphant ; e t , gagnant an pied sur
les cotés, il nous cria de prendre garde, à
nous. Je n ’étois qu’à vingt-cinq pas ; jë portais
mon fusil qui pesoit trente livres, outre
nies munitions. Je ne pouvois être aussi dis*
ï. o