
roce animal et le tuer. Aucun des esclaves et
des Hottentots de cette femme n’avoit assez;
de courage ; ses deux fils même n’osèrent s’y
présenter. Cette veuve intrépide entre seule
armée de son fusil ; et pénétrant au milieu
du désordre, jusques sur le lion que l’obscurité
de la nuit lui laissoit à peine entrevo
ir , elle lui lâche son coup ; malheureusement
l ’animaf n’étant que blessé, s’élance
sur elle avec fureur et la terrasse. A u x cris
de cette pauvre mère ses deux enfans accourent
; ils trouvent le terrible lion attaché
sur sa proie ; furieux ^ désespérés, ils
fondent sur lu i , et l ’égorgent trop tard sur
le corps ensanglanté de leur mère. Outre les
blessures profondes qu’elle avoit reçues à la
gorge et en différentes parties du corps, le
lion lui avoit coupé une main au-dessus du
poignet, et l’avoit dévorée ; tous les secours
furent inutiles , et cette nuit même elle expira
au milieu des douleurs , et des vains regrets
de ses enfans et de ses esclaves assemblés.
On a vu que Hans m’avoit donné sur la
Caffrerie tous les éclaircissemens que je lui
avois demandés ; il m’avoit appris que le ter-
rein sur lequel-je me trouvois actuelle--
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pient, étoit de là domination d’un puissant
prinpe Caffre qui faisoit sa résidence à trente
lieues de nous, plus dti côté dit nord; qu’il
gouvernoit la Caffrerie sous le nom du roi
Faroo ; il me conseilloit de pénétrer jusqu’à
lu i, m’assurant que je n’avois rien à craindre
, aucun risque à courir ; il me disait au
contraire que ces pauvres peuples me ver-
roient avec plaisir, dans l ’espérance que de
retour au Cap, lfe récit de ce que j’aurois vu
touchant leurs mbeurs , leur caractère et
Jeur façon de vivre ^ effaceroit les mauvaises
impressions que domioiënt d’eux partout
les colons qui ne p où Voient les souffr
ir ; qu’on leur laisseroit peut-être à la fin
leur tranquillité -, le seul bien qu’ils demandassent
aux blancs,
Au premier cqup-d’oeil, Ce raisonnement
étoit spécieux, séduisant; je sentois v iv e ment
tous les avantages que je pou vois tirer
d’un semblable projet. J’étois entraîné.. . ,
Mais d’un autre coté , si par trop d’imprudence
ou dfe confiance; j’allois perdre Cil un
moment tout le fruit de mon voyage'- s’il
arrivoit que je fusse massacré, cette démarche
pouVoit passer pour le comble de la déraison
et de l’extravaganCe; je cqnnoissois,