
coup de main, ou pour réussir dans mie
embuscade ; ils ne tiendraient point à découvert
en rase campagne, et ne reviendraient
certainement pas à la charge; ils ne
connoissent point le courage par le côté qui
fait honneur, mais par celui que donne l ’unique
sentiment de sa force ou de son adresse;
et, si l ’on se rappelle mon aventure avec eux
pendant mon séjour chez le bon Slaber,
après mon désastre de la haie de Saldanha,
on peut juger qu’elle cadre à merveille avec
ce que j ’en dis actuellement. I l n’en est pas
ainsi de la plupart des femmes. Courageuses
avec réflexion, leur sang-froid ne connoît
point d’qbstaçles ni de périls; non moins habiles
à manier un cheval et à faire le coup
de fusil que leurs maris, elles sont autant infatigables
qu’e u x , et ne reculeront pas à
la vue du danger : ce sont de vraies amazones.
J’ai connu une veuve qui gouvernoit elle-
même son habitation ; lorsque les bêtes féroces
venoient alarmer ses troupeaux, elle
montoit à ch e v a l, les poursuivoit à outrance,
et ne quittoit jamais prise qu’elle, né
les eût ou tuées ou obligées d’abandonner
son canton.
Dans Un de mes voyages, deux ans plus
tard, aux pays des grands Namaquois, j’ai
vu sur une habitation très-isolée, une fille
de vingt-Un ans qui accompagnoit toujours
son père à cheval, lorsqu’il se mettoit en
campagne à la tête de ses gens pour repousser
les Bossismans qui venoient les inquiéter
; elle bravoit leurs flèches empoisonnées
, les poursuivoit avec acharnement, les
gagnoit à la course, et les fusilloit sans pitié.
Les annales du Cap font mention d’un
grand nombre de femmes qui se sont distinguées
par des actions d’intrépidité, faites
pour honorer le plus déterminé des hommes.
On s’y entretenoit encore lors de mon arrivée,
de la tragique aventure d’une veuve
qui vivoit sur une habitation très-reculée,
avec ses deux fils, dont l’aîné avoit dix-neuf
ans. Dans une nuit obscure, elle et toute sa
maison fut réveillée par les piétinemens et
les beuglemens sourds de ses bêtes à cornes,
qui étoient enfermées non loin de là dans
un parc. On vole aux armes, on court au
bruit : c’étoit un lion ; il avoit franchi l’entourage,
et faisoit parmi les boeufs un affreux
dégât : il ne falloit pour arrêter sa fureur
, qu’entrer dans le parc, investir le fé