
pas fort éloignés du mâle, la transporter jus-»
ques-là. Nous étions vraiment harassés de
fatigue, et l ’appétit commençoit à se faire
sentir. Nous allumâmes quelques branchages
, et fîmes cuire le foie sur des charbons.
Je ne, sais si ce fut l ’effet de la faim ou de la
délicatesse du mets, je me rappelle que sans
autre assaisonnement, sans pain ( jl y avoit
long-temps que je n’en mangeois plus ), je
ne pouvois m’en rassasier, et que c’est-là un
des plus délicieux repas que j ’aie fait de ma
vie : nous attachâmes ensuite les quatre pieds
de l’animal, et avec une perche nous le portâmes
sur les épaules, à côté du premier que
nous avions tué. Mon Hottentot se déta-
cha*pour me ramener deux chevaux et quelques
uns de ses camarades; notre chasse fut
enlevée et conduite au camp, Dans un instant
on remplit les marmites ; on fit cuire des
grillades sur des charbons ardens; en moins
de deux heures les trois quarts de notre
viande disparut.
Le Hottentot est gourmand tant qu’il a
des provisions en abondance; mais aussi,
dans la disette, il se contente de peu ; je le
compare, sous ce rapport, à l’hiène, ou même
à tous les animaux carnassiers, qui dévorent
toute leur proie dans un instant, sans songer
à l’avenir > et qui restent en effet plusieurs
jours sans trouver de nourriture, et
se contentent de terre glaise pour appaiser
leur faim. Le Hottentot est capable de manger,
dans un Seul jour, dix à douze livres
de viande ; et dans une autre, circonstance
défavorable, quelques sauterelles, Uii rayon
de miel, souvent aussi uii morceau de cuir
de ses sandales; suffisent à >ses besoins près-
sans; je n’ai jamais pu parvenir à faire comprendre
aux miens, qu’il étoit sage de réserver
quelques alimens pour le lendemain;
non-seulement ils mangent tout ce qu’ils
peuvent, mais ils distribuent le superflu
aux survenans ; la suite de cette prodigalité
he les inquiette en aucune façon. «O n chas-
» sera , disent-ils,.;, ou l ’on Dormira ». Dormir
est pour eux une ressource qui les sert
au besoin; je n’ai jamais passé dans des Contrées
âpres et stériles où le gibier est rare,
que je n’aie trouvé des hordes entières de
sauvages endormis dans leurs kraals; indice
trop certain de leur position misérable; mais
ee qui surprendra beaucoup , et que je
n’avance que sur des observations vingt fois
répétéès, c’est qu’ils commandent au som