
peur, ne s’étoient pas donné le temps dë
mettre aucun de leurs effets à l’abri du pib
lage. A l’asjpect dé cette habitation demeurée
entière, ët qui ne portoit aucune empreinte
dufeü, il me sembla que les habitans avoient
pris l’époùvante mal-à-ptopos. Je fus curieux
d’entrer dans cette maison. Je ne
m’étois pas trompé. Nous n’apperçûmes aucun
dérangement dans les meubles. Chaque
ustensile étoit à sa place* Je ne permis pas
qu’on touchât aux effets, même les plus indifférons
; seulement, comme la chaleur
continuoit d’être excessive, je fis halte à
l ’ombre de cette maison, et nous nous reposâmes
un peu. Vers le soir, je délogeai, et
nous entreprîmes une marche de quatre
heures.
Le lendemain, nous passâmes encore à
travers deux habitations simplement déser-4
tées comme celle de la veille, et dans le même
état. Je ne voulus pas arrêter* Quatre heures
de marche nous mirent sur les bords de la
petite rivière T^oogel (l’Oiseau ) ; nous fîmes
halte, parce que mes boeufs avoient encore
manqué d’eau , et presque de nourriture. A
midi le temps s’obscurcit un peu ; et d’assez
gros nuages nous déroboient entièrement la
Vue Ûu soleil. Je profitai de cette heureuse
circonstance pour avancer de plus en plus •
nous espérions gagner -Agtèr-Bruyntjes-
Hoogie ; mais, parvenus au pied de ces montagnes
, une mare d’eau, qui se trouvoit là ,
nous engagea d’y camper : nous n’étions rien
moins qu’assurés d’en rencontrer une autre.
Pendant la nüit, nos feux furent apperçus
par des Hottentots sauvages. Comme ces
gens s’approchoient de nous pour nous reconnaître
, ils furent éventés par nos chiens,
qui nous donnèrent l’é v e il, et qui, courant
au q u i-v iv e , aboyoient et se démenoienî
horriblement5 pour cette fois, une partie
de mon monde, persuadée que nous étions
investis par les Caffres (la peur, je le répète,
leur faisoit vo ir par-tout des Caffres j ,
proposa de laisser le camp, et de se mettre à
l’abri dans les boissons, comme si nous eussions
été en plus grande sûreté séparément
cachés dans de misérables taillis, que réunis
en corps, bien armés et déterminés, Klaas
et moi, nous étions furieux. Le vénérable
Swanepoël se joignit à nous pour remonter
ces coeurs efféminés ; et quel que dût être
l’événement, il, jura qu’il s’attachoit à moi,
et donneroit pour ma défense jusqu’à la der