
pour le rassurer, et l’engageois à changer
d’air, afin qu’il changeât de contenance; un
boulet vint traverser la chambre avec un
fracas horrible ; je vis mon homme tomber
comme une masse, immobile, et sans mou-
veulent : je le crus mort ; mais peu à peu il
se releva de lui-même en poussant^de profonds
sanglots. Pour cette fois, je ne pus
tenir à cette scène touchante, et j ’allai plus
loin donner un libre cours à mes éclats de
rire.
N ’étoit-il pas odieux, que des hommes
faits par leur état, par leur âgé et leur expérience,
pour donner des exemples de bravoure
et d’honneur, y manquassent d’une
façon si honteuse, dans une circonstance où
il ne falîoit qu’une minute pour dissiper
toute alarme, et foire rentrer dans le néant
le chétif corsaire qui nous harceloit; tandis
qu’au contraire des enfans, à peine assez
forts pour soulever un câble, avoient montré
vingt preuves de zèle, de constance cl
d’intrépidité?Ce qui me révoltoit davantage,
et medivertissoit en même temps|c’est qu’on
paroissoit convaincu, le lendemain , qu’on
avoit coulé bas le bâtiment anglais qui avoît
disparu. Je ne pouvois entendre, sans mur-
W r e r , les complimens réciproques qu’on
s’adressoit sur la manière vigoureuse dont
chacun s’étoit défendu la veille; mais, au
contraire, fermement persuadé que l’ennemi
n’avoit pas même reçu un seul de nos
boulets, je ne pus m’empêcher d’enplaisanter,
et de dire mon sentiment sur-tout au
premier pilote, Van Groenen, que j’avois
vu se comporter le plus mal pendant 1 a ction,
et qui, pour le moment, montroit
beaucoup d’orgueil et de jactance : les ma
telots rioient sous Cape il s’en apperçut ;
mais le plus grand nombre ne pouvant, en
conscience, se déclarer pour lu i, i f fallut
bien qu’il s’en tînt au bon témoignage de sou
amour-propre. Pour couronner l ’oeuvre, le
médecin Engelbregt, qui , pendant toute
l’action, s’étoit caché à fond de cale, fut
chargé, en sa qualité de docteur, de faire
le journal de cette brillante action. Je pris
1 la liberté de railler l’écrivain, comme j’avois
j fort les autres; il ne put prendre sa revan-
I che, car j’eus le bonheur de me bien porter
I pendant toute la traversée. I l n’en fut pas
i'ainsi du pilote; il se vengea de mes plaisan-
f teries par tous les désagrémens qu’il étoit en
' son pouvoir de me foire essuyer pendant la