
sur ses pistolets, à l’arçon de la selle, un
petit enfant de quatre mois alaité par sa
femme. Us étoient tons quatre à cheval. Son
chariot, avec ses filéts et ses équipages,
étoit allé nous attendre au bord de la mer-
j ’en fis atteler un des miens. On y chargea
ma tente, une ou deux futailles vides, et
tout cè que je prévis qui nous seroit utile
pour la pêche miraculeuse. Rendus au rivage
, après quelques compliiîiens et les petites
cérémonies d’usage, nous jetâmes plusieurs
fois les filets; mais ce fut toujours
inutilement; nous rie prenions presque rien;
ce métier n’amusoit personne- On résolut
d’aller plus loin sur un, petit lac formé par
la marée haute où l’on espéroit plus dè bonheur,
et l’on se mit en marche; j’étois beaucoup
moins curieux de poissons que d’oiseaux
, et me se roi s bientôt lassé de la pêche,
si les bonnes façons de mes amis, et.la gaîté
franche et naïve des femmes ne m’avoient
un peu retenu; cependant je rodois à pied
de côté et d’autre, fouillant de tous mes
y eu x , et l’air,.et les chemins,: et les arbres.
Nous arrivâmes sur les bords du lac ; je
cherchois un endroit commode pour y placer
nos tentes : une alerte à laquelle nous
n’avions garde de nous attendre eut bientôt
dérangé tout ce ménage grotesque. E11
traversant une partie de roseaux fort élevés
et fort épais, les travailleurs tombèrent
tout d’un coup sur un buffle qui s’ëtoit couché
là. Ils en étoient si près, que l’animal,
autant effrayé qu’eux de cette apparition
subite, renversa, en se retirant, le cheval
du second commandant et celui de sa femme.
L’alarme devint générale ; chacun gagnoit
au large et fuyoit à toutes jambes. Les gens
de M. Mulder, peu familiarisés avec les
buffles, se trouvant plus près de l’eau, s’y
plongèrent jusqu’au cou. Les miens mieux
aguerris, faisoient bonne contenance ; mais
l’animal, à l’aspect de tant de monde, effarouché
de toutes parts, ne savoit lui-nïême
comment fu ir , et restoit immobile, retranché
contre une roche énorme. J’accourus à
tout ce vacarme; malheureusement je n’étois
armé que de mon fusil a deux coups. I l
n’étoit pas à présumer qu’une balle ordinaire
pût tuer le buffle ; j’osai cependant
l’approcher et le tirer. A ce premier coup
il quitte la place; et, furieux, il vient droit
à moi ; ma seconde balle le frappe anssi-tôt
et l’intimide; il rebrousse chemin, et pas