
de la colonie q u i, se moquant de lui en buvant
son v in , lui dictoient ses mémoires de
taverne en taverne , lui contoient à qui
mieux mieux les anecdotes les plus absurdes,
et l’endoctrinoient jusqu’à ce que les
bouteilles fussent vides. C’est ainsi que se
font les découvertes nouvelles, et que s’étendent
les progrès de l’esprit humain î
C H A P I T R E IV.
o y a G e à lxest du Cap, par la terre de
Natal et celle de la Cafrerie.
L es différens préparatifs de mon voyage
touchoient à leur terme ; j’en fis assembler
toutes les provisions éparses : elles étoient
considérables ; ear , dans cette première
effervescence qui transporte l’imagination
au-delà des bornes ordinaires, je ne m’étois
point donné de limites et n’en eonnoissois
pas; résolu aù contraire de pousser en avant
le plus loin et le plus long-temps qu’il me
seroit possible, je ne savois si le retour
seroit en mon pouvoir comme le départ ;
E N A F R I Q U E . g5
■ mais je voulois sur-tout m’épargner le cruel
I désagrément d’être contraint de m’arrêter
■ par la privation des choses indispensables.
I A i n s i , jusqu’aux objets qui ne paroissoient
I pas avoir un but d’utilité bien dire ct, je
I n ’a vois rien négligé de ce qui pou voit être
I nécessaire à ma consèrvation dans les cir -
! constances imprévues , et je craignois tou-
1 jours d’avoir à me reprocher quelqu’oubli
I préjudiciable. Les trois mois passés au Cap
I ou dans les environs depuis mon retour de
I la baie de Saldanha, avoient à peine suffi, à
I ces différens apprêts.
. J’avois fait construire deux grands char-
I riots à quatre Voues, couverts d’une double
I toile à voiles ; cinq grandes caisses remplis-
B soient exactement lé fond de l’une de ces
■ voitures, et pou voient s’ouvrir sans dépla-
I cernent. Elles étoient surmontées d’un large
I matelas sur lequel je me proposois de cou-
[ cher durant la marche, s ’il arrivoit que le
i défaut de temps ou toute autre circonstance
ne me permît pas de camper ; ce matelas se
| rouloit en arrière sur la dernière caisse, et
| c’est sur lui que je plaçois ordinairement un
; cabinet ou caisse à tiroirs destiné à recevoir
des insectes, papillons et tous les objets un