
titués, après avoir reçu quelque correction
très-légère ; car il n’y a pas de pays au
monde où les esclaves sbient traités avec
plus d’humanité qu’au Cap.
Les Nègres de Mosambique et ceux de
Madagascar sont regardés comme les plus
forts ouvriers et les plus affectionnés à leurs
maîtres. Lorsqu’ils débarquent au Cap, on
les paye ordinairement de cent vingt à cent
cinquante piastres la pièce. Les Indiens sont
plus singulièrement recherchés pour le service
de la maison et de la ville. On y voit
aussi des Malais qui sont en même temps
les plus entendus et les plus dangereux des
esclaves. Assassiner leur maître ou leur maîtresse
, n’est à leurs yeux qu’un attentat ordinaire
; e t , dans les cinq années que j’ai
passées en Afrique, j’ai vu ce forfait souvent
répété. Ils vont à l’échafaud pleins de calme
et de sang-froid. J’ai ouï l’un de ces scélérats
qui disoit à M. Boers, qu’il étoit charmé
d’avoir commis son crime; qu’il avoit bien
su le genre de mort qu’on lui feroit subir;
mais que , par-là même, il souhaitoit ardemment
de voir hâter, sa fin , puisqu’aussi-
tôt il se retrouveroit dans son pays. le
m’étonne qu’un aussi violent préjugé ne
cause point encore de plus grands malheurs.
Les esclaves créoles du Cap sont les plus
estimés, ils se payent toujours le double des
autres ; et* lorsqu’ils savent quelque métier,
le prix en devient exorbitant. LTn cuisinier,
¡(par exemple, se vend de huit à douze cents
\ rixdaalers, et les autres à proportion de leurs
! talens. Ils. sont toujours proprement habil-
•lés ; mais, ils marchent les. pieds nus en
signe de l’esclavage. On ne voit point au Cap
¡ cette insolente valetaille appelée laquais: le
luxe et l’orgueil n’y ont point encore intra-
duit cette espèce désoeuvrée et avilie qui
meuble en Europe les antichambres des
•riches, et porte sur toutes les tailles l’enr-
seigne de l ’imn ertinence..
On est surpris , en arrivant au Gap , de là
multitude d’esclaves aussi blancs que les
Européens qu’on y - voit. L ’étonnement
cesse, quand on sait que les jeunes Négresses,
pour peu qu’elles soient jolies, ont chacune
un soldat de la garnison avec lequel elles
vont, comme il leur plaît,. passer tous les
dimanches. L ’intérêt du maître lui fait fermer
les yeux sur le dérèglement de ses enclaves,.
parce qu’il compte d’avance sur lu