
qu’il apperçoit un blawe - bock (un bouc
bleu) couché. Je porte les yeux vers l’endroit
qu’il m’indique, et ne le vois pas. U
me prie alors de rester tranquille et de ne
faire aucun mouvement, m’assurant de me
rendre maître de l’animal. Aussi-tôt il prend
un détour, se traînant sur ses genoux ; je ne
le perdois pas de vue, mais je ne compre-
nois rien à ce manège nouveau pour moi.
L ’animal se lève, et broute tranquillement
sans s’éloigner de la place. Je le pris d’abord
pour un cheval blanc 5 car, de l’endroit où
j’étois resté, il me paroissoit entièrement de
cette couleur (jusques-là je n’avois point
encore vu cette espèce de gazelle ) : je fus
détrompé lorsque je vis ses cornes. Mon
Hottentot se traînoit toujours sur le ventre:
il s’approcha de si près et si promptement,
que mettre l’animal en joue et le tirer fut
l’affaire d’un instant : la gazelle tomba du
coup. Je ne lis qu’un saut jusques-là, et j ’eus
le plaisir de contempler à mon aise la plus
rare et la plus belle des gazelles d’Afrique,
J’assurai mon Hottentot que, de retour au
camp, je le récompenserois généreusement.
Je l’envoyai aussi-tôt chercher un cheval
pour transporter la chasse. L ’intelligence
de cet homme, et les divers moyens qu’il
avoit employés pour surprendre l’animal,
me rendoient son service important et précieux
; je me proposois bien de me l’attacher
par tous les appâts qui séduisent les
Hottentots. Je commençai par lui donner
une forte provision de tabac, et je joignis à
ce présent de l’amadou, un briquet, et l ’un
¡ de mes meilleurs couteaux. I l se servit de
| ce dernier meuble, et se mit à dépecer l ’ani-
[mal avec la même adressé qu’il l’avoit tiré;
J’en conservai soigneusement la peau.
Cette gazelle a été décrite par Pennant,
sous le nom dû antilope bleu ; par Buffon,
sous le nom de tseiran. Ce dernier naturaliste
a donné la ligure d’une partie de ses
[ cornes y élle est rare et très-peu connue.
! Lors de ma résidence en A friqu e , je n’ai vu
que deux de ces gazelles,, et une autre qui
fut apportée au gouverneur, quelques années
après, pendant l’un de mes séjours à la
ville. Elles venoient, comme la mienne, de
la vallée Soete-Melk, seul canton qu’elles
habitent. On m’avoit assuré que j’en verrois
dans le pays des grands Namaquois ; malgré
toutes mes informations et perquisitions,
j’ai été trompé dans cette attente. Tous les