
quadrupèdes du genre des fouines ou des
belettes; je le voyois moitié courant, moitié
Volant, battre en retraite de notre côté , et
crier de toute sa force; alors, l’un de mes
gens ou mes chiens même ne manquoient
pas d’aller bien vite à son secours.
Un animal qui m’a rendu , des services
plus essentiels, dont la présence utile a suspendu
, dissipé même dans mon coeur des
souvenirs amers et cruels, dont l’instinct
touchant et simple sembloit prévenir mes
efforts, et vraiment consoloit mes ennuis,
c’est un singe de l’espèce si commune au Cap
sous le nom de bawian ,• il étoit très-familier,
et s’attacha particulièrement à moi : j ’en
fis mon dégustateur. Lorsque nous trouvions
quelques fruits ou racines inconnus
à mes Hottentots, nous n’y touchions jamais
que mon cher keès n’en eût goûté ;
s’il les rejetoit, nous les jugions ou désagréables
ou dangereuses, et les abandonnions.
Le singe a cela de particulier qui le distingue
des autres animaux et le rapproche
de l ’homme : il reçut de la nature, en égale
pôrtion, la gourmandise et la curiosité ; sans
appétit, il goûte tout ce qu’on lui présente ;
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sans nécessité, il touché tout ce qu’il trouve
à sa portée.
Je chérissois dans keès une qualité plus
précieuse encore. I l étoit mon meilleur surveillant
; soit de jo u r , soit de n u it, le moindre
signe de danger le réveilloit à l’instant,
Par ¿es cris et les gestes de sa frayeur, nous
étions toujours avertis de l ’approche de l’ennemi
avant que mes chiens s’en doutassent;
ils s’étoient tellement habitués à sa vo ix ,
qu’ils dormoient pleins de confiance, et ne
faisoient plus la ronde; j’en étois outré de
colère, dans la crainte de ne plus retrouver
en eux les secours indispensables sur les—
quels j’avois droit de compter, si quel qu’événement
funeste ou la maladie venoit à m’enlever
mon trop fidèle gardien. Mais, lorsqu’il
leur avoit donné l’alerte, ils s’arrê-
toient pour épier le signal. Au mouvement
de ses y e u x , au moindre branlement de sa
tête, je les voyois s’élancer tous ensemble,
et détaler toujours du côté vers lequel il
portoit la vue.
Souvent je le menois à la chasse avec moi.
Que de folies et que de joie au signal du départ
! comme il venoit baiser tendrementson
ami ! comme le plaisir brilloit dans sa pru