
V O Y A G E
ch é , et Tacharnement redoublé des chiens I
ni en donna la preuve. Une partie de mon I
monde alors se rapprocha ; mais le plus!
grand nombre avoit tout-à-fait disparu.
L animal fut encore harcelé pendant plus I
d une heure ; nous tirâmes au hasard dans I
le buisson plus de quarante coups de fusil:!
.enfin lassé, impatienté même de ce manège!
qui ne finissoit r ien , je remontai a chevai!
et tournai, avec précaution, du coté opposé I
aux chiens. Je présumois qu’occupé à se dé-1
fendre contr’e u x , il me seroit aisé de le I
surprendre par-derrière. Je ne m’étois pas I
trompé• je l’apperçus. I l étoit acculé, jouant!
des pattes pour tenir en respect ma petite!
chienne qui venoit aboyer jusqu’à la portée!
de sa griffe. Quand j ’eus pris tout le temps!
nécessaire pour le bien ajuster, je lui lâchai!
ma carabine que je laissai tomber pour me!
saisir promptement de mon fusil à deux!
coups que je portojs à l ’arçon de ma selle.I
Cette précaution fu t inutile. L ’animal m |
parut point 3 e t , mon coup parti, je ne le I
vis même plus. Quoique sur de l’avoir at-1
teint, il y auroit eu de l ’imprudence à pêne-1
trer tout de suite dans ce fourré. Cependant I
on ne l ’entendoit point j je le soupçonhois. I
©u mort ou dangereusement blessé. (( Amis ,
» criai-je alors à ceux de nos chasseurs qui
7) s’étoient rapprochés, allons, tous de front
» et sur une ligne serrée, droit à lui 3 il faut
» bien, s’il v it encore, que tous nos coups
y) lâchés ensemble le démontent, s’il se pré-
» sente * quel risque pouvons-nous courir »?
Il n’y eut qu’une vo ix pour me répondre ;
mais elle fut négative. Ma proposition ne fut
¡goûtée de personne. Indigné, furieux : « Ca*
» marade, dis-je à mon Hottentot non moins
» animé que son maître, l ’animal doit être
-» ou mort ou très-malade. Monte à cheval ,
'» approche-toi comme je l’ai fa it , et tâche
i» de découvrir dans quel état nous l’avons
h) rais. Je vais garder l’entrée ; pour cette
» fois, s’il veutéchapper, je l’assomme. Nous
'» pouvons l’achever sans le secours de ces
» lâches ». I l ne fut pas plutôt entré , qu’il
me cria qu’il appercevoit le tigre étendu de
son long sans aucun mouvement apparent ,
‘ et qu’il le jugeoit mort. Pour s’en assurer, il
lui tira un dernier coup de sa carabine ; j’ac-
' courus 3 tout mon corps frémissoit d’aise et
d’exultation 3 mon brave Hottentot parta-
geoit mes vifs transports. La joie doubloit
nos forces. Nous traînâmes l’animal en plein