
n’étois éloigné de la mer que de quatre ou
cinq lieues. À portée, pour la première fois,
de connoître cette espèce de quadrupède, je
me hâtai de partir. Mais la rivière étoit si
large, ses bords se trouvoient tellement
obstrués par de grands arbres, que toutes
mes peines et mes recherches furent inutiles
-, je passois les journées le long du rivage
5 pendant la nuit, je me mettois à l’affû
t, dans l’espérance de les vo ir sortir de
l ’eau pour brouter ; jamais je n’eus la satisfaction
d’en joindre ou même d’en voir Un
seul.
En revanche, l’éléphant, et plus encore
le buffle, étoient si communs et si faciles à
tuer, que nous regorgions dé vivres 5 j ’en
fournissois abondamment aux anciens maris
de nos femmes. Mieux armé qu’eUx, je fai-
sois la chasse uniquement pour e u x , je les
obligeois de toutes façons ; c’est ainsi qu’au
milieu des déserts d’A fr iq u e , j’introduisois
les usages et les belles manières des nations
les plus civilisées de l’Europe. Qu’il me soit
permis de remarquer, en passant, que si
quelques liistoriens ont donné aux Hoften-
tots le caractère de la jalousie, ceux-ci du
moins n’étoient point sensibles à cette cruelle
passion. Si je rencontre, dans la suite, quelques
peuplades qui connoissent ses atteintes,
je le dirai avec une égale véracité.
Mes façons engageantes m’avoicnt gagné
la confiance et l ’amitié de ces bons sauvages
; ils avoient de moi une si haute opinion,
qu’ils n’entreprenoient rien sans me consulter.
Un jour ils vinrent se plaindre des
hiènes du pay s , qui désojoient et rava-
geoient leurs troupeaux ÿ j’ajoutai d’autant
plus de foi à leurs discours, que je vènois
d’avoir moi-même un de mes boeufs dé voré
par ces animaux. Enchanté de faire cette
chasse avec eux, je leur assignai jour pour
le lendemain 5 dès le matin, je les vis arriver
tous à ma tente ; ils étoient au moins cent
hommes bien armés d’arcs et de flèches. J ’y
joignis tous mes chasseurs ; et, me mettant
à leur tête, nous battîmes, avec nos cliiens,
tout le pays; J’avois espéré, aVec.tant de
monde , détruire jusqu’à lu dernière -de ces
bêtes féboces ; mais trois coups de fu s il, gui
en avoient mis trois à bas, dissipèrent apparemment
tout le;reste : nous n ’en rencontrâmes
plus du tout; lé bruit les àvoit écartées
au loin ; de façon que, de ce moment-là jusqu’à
notre départ, i l ne fut non plus qués