
droit ou tous leâ colons s’étoient rassemblés.
Je me flattois sans cesse de trouver parmi
eux quelques gens de bonne volonté, q u i,
goûtant mes projets de pacification auprès
des Caffres, et l ’espoir de secourir de malheureux
naufragés, s’y livreroient de bonne
grâce, et s’empresseroient de me seconder.
L ’image de ces infortunés me suivoit partout
: quelle de voit être l ’affreuse situation
des femmes, condamnées àtraîner ainsi leurs
jours dans les horreurs et tous les déchire-
mens du desespoir ! Cette idée ne désemparait
pas mon imagination, et m’attachoit de
plus en plus à mon projet ; le désir de leur
rendre la liberté et de les ramener avec m oi,
m’étourdissant de plus en plus sur les obstacles,
ne me laissoit voir que la possibilité
du succès : combien j ’étois impatient d’arrive
r chez cette horde de colons !
Dès le lendemain, après trois heures d’une
marche entreprise au point du jou r, je découvris
enfin l ’habitation tant desirée! Du
plus loin que ces gens m’apperçurent, je les
vis tous s’assembler et se grouper devant
la maison ; leurs mouvemens, leurs dépla-
cemens, l ’attention avec laquelle ils tournoient
tous ensemble Jeurs regards vers moi,
me faisoient assez comprendre qu’ils ne me
voyoient pas sans alarme, et que mon convoi
sur-tout les inquiétoit fortement. Je piquai
des deux ; et les abordant avec politesse,
je me fis connoître, et déclinai mon
nom. J’affectai de ne marcher qu’avec l’autorité
de la puissance hollandaise, à qui
j’avois des comptes à rendre de mes découvertes.
Cette fin de mon discours, très-concis
, parut leur en imposer ; ils m’accueillirent
alors avec les démonstrations de la plus
grande joie, et me témoignèrent combien ils
étoient enchantés de me voir. Us m’avouèrent
que ma barbe les avoit intrigués (elle
avôit alors onze mois de crue ) ; qu’ils
n’avoient su non plus que penser de mes
armes, de mes chariots, de mon grand cortège
; qu’ils avoient souvent ouï parler de
moi; qu’on leur avoit conté cent catastrophes
où j’avois failli perdre la v ie ; mais
qu’on les avoit assurés en dernier lieu qu’un
vaisseau que j’avois trouyé à l’ancre dans la
baie Blettenberg , m’avoit conduit à l’île
Bourbon; qu’ainsi ils n’avoient eu garde,
en me voyant arriver , de croire que ce fû t
moi. Après avoir essuyé cent questions auxquelles
on ne me donnoit pas le temps de