
258 É I» É P H A N T
une très-ancienne connaissance de celieu; et justement
étonnés de cette réuuion d’ossements gigantesques
, ils ont bâti une fable à leur manière , qui
ne prouve autre chose, si ce n’est que ce tableau de
mort et de destruction les a vivement frappés; c’est
ainsi que les anciens habitants de la Sibérie ont une
tradition fabuleuse d’.uii autre genre , sur leur
Mammouth, qu’ils font vivre sous terre.
Je n’entrerai point ici dans les détails historiques
•sur l’époque où plusieurs de ces ossements furent
envoyés en France ainsi qu’en Angleterre , ni sur
les opinions diverses qu’ils firent naître parmi les
anatomistes et les zoologistes ; on les trouve
‘dans les mémoires de l’Académie des Sciences
( i ), dans Buffon (2 ), dans les Transactions
philosophiques ( 3 ), dans les commentaires de Pé-
tersbourg (-4 } , et dans l’excellent ouvrage sur la
description anatomique de l’éléphant, par Camper
( 5 ), où son fils a discuté avec beaucoup de sagacité
et une saine critique , tout ce qui a ete écrit
à ce sujet , et a réduit la question a son véri-
(1) Mémoires de Vacadémie des sciences, 1727,01-8®.
tom. I I , pag. 429.
(2) Buffon, histoire naturelle , in-4°. , tom. X I , pag.
172 et suppl. tom. V , pag. 5i 5.
(3) Philos, transact, tom. L V I I ; ibid. tom. LV III .
(4) Comment, acad. Petrop. tom. I, année 1777, publié
en 1780.
(5) Description anatomique de l’éléphant, in-fol. pag.
20 et 21.
DE L’ O H I O . j So
table point de fait , en examinant d’une autre
maniéré , un fragment très-considérable de la mâchoire
supérieure de cet animal inconnu, morceau
capital qui avait induit en erreur Michaëlis
et le célèbre Pierre Camper lui-même qui le possédait
dans son riche et savant Muséum. 11 était
réservé à son fils , digne élève d’un si grand maître,
de faire pour Vincognitum de F Ohio ( l’éléphant
à dent molaire protubérante ) que son père
avait pris avec Michaëlis, pour une espèce particulière
de grand quadrupède, ce qu’il a fait pour
Vincognitum de Maestricht, (le crocodile) qu’il
avait regardé comme ayant appartenu à un cétacé
inconnu. Camper fils a très-bien démontré, d’après
la pièce même qui avait induit son père en erreur,
que l’animal de l’Ohio était un éléphant
d’une espece particulière et inconnue, et que le
prétendu cétacé de Maestricht était un crocodile
d’une espèce particulière.
Pierre Camper eût éprouvé sans doute une
double jouissance en voyant son fils résoudre deux
problèmes qui l’avaient embarrassé lui-même, et
pour la solution infructueuse desquels il avait acquis
des objets d’une valeur considérable, fait
des voyages en Angleterre et à Paris, et adressé
divers mémoires a I academie de Pétersbourg, et
à la société royale de Londres ( 1 ).
( 1 ) L e . p r e m i e r t a c t d e C a m p e r é t a i t p a r f a i t , e t l o r s q
u ’ i l v o y a i t ,. p o u r l a p r e m i è r e f o i s , un o b j e t d ’ h i s t o i r e