
Si 1 on n ’a pas encore trouvé en Algérie ces jolies
miniatures d’artistes préhistoriques qui ont rendu
célèbres les grottes du Périgord, nous possédons un
type particulier et assez répandu de dessins rupestres.
Tels sont ceux depuis longtemps connus de
ly o u t et Moghrar, près d’Aïn Sefra, et ceux plus
récemment étudiés par M. Flamand, au sud de Géry-
ville et sur divers points du Sud oranais. D’autres
ont été signalés au Maroc (1), dans la province de
Constantino-(2),-dans le Fezzan par Barth, dans la
Haute-Égypte par Ampère et jusque dans la vallée du
Sinaï par Niebuhr.
On peut distinguer dans ces dessins trois époques
principales (3).
Les uns, nettement préhistoriques, sont dessinés
d un trait continu et arrondi, très ferme. On y voit des
chasseurs, ayant déjà le chien pour auxiliaire, coiffés
de plumes d ’autruche, armés d’arcs et de casse-têtes
à peu près comme les Peaux-Rouges d’Amérique
et accompagnés de figures d’animaux très divers,
parfois d’un dessin très remarquable, parfois difficilement
reconnaissables : un éléphant à front très
bombé et à oreilles courtes, des boeufs à cornes dirigées
en avant, des bubales, des girafes, des bons, des
panthères, des autruches, moins certainement l’hippopotame
et le rhinocéros, etc. La plupart des personnages
portent une ceinture ; une femme a un
braoelet. D’après MM.Bonnet et Flamand, c’est à tort
que l’on a voulu voir dans ces dessins des scènes
(1) Duveyrier, Bulletin de la Société de géographie s 1876.
Hamy, Revue d'Ethnographie, 1882.
(2 ) Vigneral, Ruines romaines de l'Algérie.
(31 Revue d'Ethnographie, 1889.
lubriques. Les énormes phallus paraissent avoir été
ajoutés après coup, et les longs traits sinueux qui
unissent les parties génitales des personnages indiqueraient
simplement la filiation. Des instruments
en silex abondent autour de ces dessins.
Une deuxième époque libyco-berbère est caractérisée
par de nombreuses inscriptions en caractères
semblables à ceux des Touaregs, et par les traits du
dessin pointillés et non continus. Les animaux que
représentent ces dessins existent encore dans la
région ou l’ont quittée depuis peu.
Enfin une troisième époque arabe est également
caractérisée par des inscriptions et par la présence
du dromadaire, introduit seulement au ve siècle de
notre ère.
Parmi les autres monuments laissés par l’homme
préhistorique sur la terre d’Afrique, nous citerons
d’abord les curieux cordons de pierrailles signalés
d’abord par Bourguignat et dont on ignore la signification.
C’est sur le Kef-Iroud, au sud de Teniet el
Haad, que Bourguignat a remarqué un de ces cordons
hauts de 1 mètre à 4m,50, et courant en droite ligne
à travers tous les obstacles du terrain, franchissant
ravins et collines sur une longueur d’au moins 5
à 6 kilomètres. Bourguignat est tenté d’y voir une
représentation d ’un serpent analogue à celles que
l’on trouve dans les Mounds des vallées de l’Ohio et
du Mississipi, du Wisconsin et de Fllhnois. L’un
de nous (1 ) a vu de semblables cordons dans la région
de Mécheria, et les Arabes lui ont affirmé que
cela était antérieur à leur occupation. Bourguignat
(l)fM. Trabut.