
Ainsi isolé du Sud et de l’Orient par de vastes
déserts, soumis à la même influence vivifiante que
l’Europe, c’est avec elle que le Maghreb a le plus de
rapports; il semble en être un prolongement. Pour
la plupart des géologues, il n ’en a été séparé qu’assez
tard dans la série des temps ; d’ailleurs, dès que
l’homme a su se servir d’un bateau, le détroit de
Gibraltar n ’a été pour lui qu’une faible barrière, aussi
ce pays semble-t-il avoir été, de toute antiquité, un
carrefour où sont venues se heurter les populations
de l’Europe et de l’Asie, etplus anciennement encore
les flores de l’Orient et de l’Occident.
L’Algérie constitue un vaste rectangle, dont les
deux grands côtés sont la Méditerranée et le Sahara.
Ce rectangle s’incline fortement sur l’Equateur de
l’est à l’ouest, de sorte qu’entre les latitudes de La
Galle et de Nemours il y a près de 2 degrés de différence.
Il a plus de 1000 kilomètres de long, et une
largeur indéterminée, la limite politique vers le
Sahara étant tout à fait virtuelle. L’orographie en
est très simple.
Deux grands bourrelets montagneux courent parallèlement
à la Méditerranée, formant une bordure
littorale et une bordure saharienne. Ces deux reliefs
montagneux ont leur maximum d’écartement
dans la province d’Oran (150 à 200 kil.). Ils deviennent
au contraire confluents dans la province de
Constantine et ne sont plus séparés en Tunisie que
par la vallée de la Medjerda.
Le versant méditerranéen du premier de ces bourrelets
constitue le Tell, assez semblable au midi de
la France et à peu près partout cultivable. On désigne
sous le nom de Hauts-Plateaux une longue terrasse
élevée de 500 à 1100 mètres, comprise entre nos deux
bourrelets, et au delà du dernier se trouve le
Sahara. Toutefois nous ne conserverons pas la division
géographique connue sous le nom de Hauts-
Plateaux, car elle ne constitue pas une région naturelle.
Dans les provinces d’Oran et d’Alger on trouve,
sur une grande partie de leur étendue, la région des
steppes, trop sèche pour les cultures, et propre seulement
au pacage des moutons; présentant çà et là
des dépressions où viennent se rendre les eaux peu
abondantes qui coulent, soit du versant sud du bourrelet
méditerranéen, soit du versant nord du bourrelet
saharien. Ce sont les Chotts, bassins larges et
peu profonds généralement à sec l’été. Sur un seul
point, cette région est drainée par le Chélif. Dans la
province de Constantine, où les puissants reliefs
montagneux des Babors et de l’Aurès s’anastomosent
entre eux, la steppe est réduite à peu de chose.
La latitude y est plus élevée, le golfe de Gabès y
diminue l’aridité des vents du sud-est; aussi les
pluies y sont-elles plus abondantes. La région des
Hauts-Plateaux ne saurait s’y distinguer du Tell.
C’est à peine si l’on y trouve encore quelques chotts
à bassin peu étendu, comme la Guerra el Tarf.
Même le massif de l’Aurès y présente à peu près partout
des terres de culture. Partout ailleurs l ’influence
de la steppe est dominante sur les montagnes du
cordon saharien et ce n ’est qu’à une altitude assez
grande que des cultures y seraient possibles.
Nous distinguerons donc en Algérie: 1° le Tell ou
région culturale ; 2° la région des steppes ; 3° le
Sahara.