
1 alfa, l ’eau emmagasinée permet une végétation
plus active et surtout de plus longue durée. Après
des hivers secs, la récolte a pu devenir presque
nulle dans les alfas déjà exploités l’année précédente
(Maroc, 1878 et 1879).
L’influence de l’exploitation est très évidente ; les
alfas vierges sont longs, larges, durs, grossiers,
plus cassants; à mesure qu’on les exploite et que la
souche s’épuise, ils perdent leur longueur, deviennent
plus fins, moins cassants, plus uniformes.
A ce degré, l’exploitation a amélioré le produit, au
point de vue commercial. Mais la continuité des
récoltes épuisant de plus en plus la souche finit par
réduire les feuilles à de petits brins de 23 centimètres,
mais très souples, très tenaces. Arrivés à ce degré
d épuisement, les terrains à alfa ne sont .pas toujours
laissés en repos. Dans le voisinage des grandes voies
de communication, des grands centres, on arrache
encore ces brins étiolés qui sont assez estimés.
L exploitation de 1 alfa remonte à une haute antiquité
et il est probable que tous les peuples qui ont
occupé les terrains à alfa ont utilisé cette précieuse
Graminée.
Yarron, en parle. Dioscoride et Pline (1), qui tous les
deux ont voyagé et même séjourné en Espagne, ont
écrit sur ce sujet. Pline (2) décrit très bien les traits
principaux de la distribution géographique des stations
de l’alfa ; il énumère les opérations de la récolte
et les manipulations qui permettent d’utiliser
ce textile. Il remarque que la cueillette commence
souvent immédiatement après l’hiver, mais que
(1) Pline, De re rustica.
(2) Pline, Hist, nat., cap. xiv.
l’époque de la maturité du produit est fin mai, juin.
L’arrachage se faisait, absolument comme aujourd’hui,
au moyen d’un petit levier d’yeuse ou. d’os,
autour duquel les feuilles étaient enroulées. Déjà, du
temps de P line,l’alfa était exporté surtout sous forme
de cordages pour les navires, et c’est Carthagène qui
était le centre de production, d ’où le nom de Campus
Spartarius donné par les anciens au territoire de
Carthago Nova. On lissait aussi des étoffes et l’on
confectionnait avec les brins d ’alfa des nattes et
des tapis. — Pline ne paraît pas avoir bien conhu les
alfas d’Afrique et en dit : « In Africa [Spartum) exi-
guum et inutile gignitur. »
On a avancé que l’alfa avait été introduit en Espagne
par les Carthaginois : c’est là une assertion
absolument sans fondement; l’alfa est aussi spontané
en Espagne qu’en Afrique.
Lécluse (Clusius), vers 1560, voyagea en Espagne
et vit aussi l’alfa exploité; rien n ’avait changé depuis
Pline, et, actuellement encore, les procédés
d’exploitation sont à peu de chose près ce qu’ils
étaient du temps de Pline.
L’exploitation trop précoce a de nombreux inconvénients,
en dehors des dommages causés à la touffe.
Les feuilles non mûres ne sont pas encore complètement
constituées à leur base; à la moindre
traction, la gaine encore verte suit le limbe, l’extrémité
du brin est alors aqueuse, molle et ridée par la
dessiccation.
Les feuilles cueillies dans ces conditions donnent
par la dessiccation un déchet très considérable, qui
peut atteindre 40 p. 100. Ces brins encore gorgés
d’eau et non complètement constitués n ’ont pas la
B a tta n d ie r e t Trabut. — Algérie. 9