
fère à peu près continue. L’on y trouve de distance
en distance de nombreuses mares temporaires ou
permanentes. Il craint les terres argileuses trop
compactes; suivant la nature du terrain, il alterne
avec le pin d ’Alep et c’est tantôt l’un, tantôt l’autre
qui prédomine; ses peuplements y sont peu compacts
et mêlés à l’olivier et à toute notre flore
broussailleuse. Dans l’Est, ses peuplements sont
beaucoup plus importants et plus homogènes; néanmoins
les broussailles y servent trop souvent encore
à propager l’incendie et leur destruction s’impose
dans les forêts bien tenues. La fougère aiglière, toujours
fréquente dans ces forêts, y prend parfois un
développement tel qu’elle étouffe la broussaille et
les jeunes semis. Les grands arbres seuls peuvent
lui résister.
Le chêne-liège est un arbre de moyenne grandeur,
assez semblable au chêne vert par son feuillage. Son
branchage plus irrégulier, plus étalé, devient parfois
pleureur. Son bois, quoique très lourd et bien maillé,
est peu estimé; son tronc se carie de bonne heure.
On a vu exceptionnellement quelques sujets dont le
tronc atteignait 10 mètres de circonférence, ces
arbres étaient entièrement creux. Le liège et le tan
sont les seuls produits importants du chêne-liège,
ses glands peuvent servir à la nourriture des porcs.
Nous avons déjà parlé de l’exploitation sauvage du
tan, qui a fait disparaître à peu près complètement
les forêts de la Sicile et de la Sardaigne ; cependant
cette industrie serait compatible avec une bonne
exploitation des forêts, si elle était bien surveillée.
Des peuplements trop épais ont besoin d’être éclaircis,
et il y a toujours intérêt à receper des vieux
CHÊNE-LIÈGE. 33
arbres incapables de donner du bon liège. Mais ju s qu’ici
cette industrie a été des plus dévastatrices
malgré les lois édictées. C’est l’écorce débarrassée du
liège que l’on exploite, elle contient environ 19 p. 100
de tanin et vaut de 12 à 20 francs le quintal. Un
seul arbre peut en. donner plusieurs quintaux. C’est
l’Angleterre et l’Italie qui utilisent ce produit.
Le liège est une des plus grandes ressources de
l’Algérie. On a calculé que ses forêts, mises en
rapport, pourraient donner un revenu annuel de
12000000 à 20 000000 francs.
D’après Lamey (1), l’Algérie compte 450000 hectares
de forêts de chênes-lièges. Une notice, récemment
publiée par le gouvernement général, porte
même ce chiffre à 470000. Sur ces 450000 hectares, la
province d’Oran n ’en possède que 8000 et celle
d’Alger 42 000. A elle seule la province de Constan-
tine en possède plus de 400 000. Ces forêts se continuent
en Tunisie jusqu’à Bizerte et y comptent
encore 116 000 hectares. Le Maroc possède aussi de
vastes forêts de lièges, encore mal connues, qui
n’ont encore été exploitées que pour le tan, ce qui en
a fait disparaître plusieurs.
Sur les 450000 hectares d’Algérie, 170000 ont été
concédés à des particuliers, 16000 aux communes;
l’Etat reste propriétaire de 274 000. 291 000 hectares
sont actuellement en valeur, dont: 124 000 à l’État,
160000 aux particuliers et 7 000 aux communes.
L’écorce du chêne-liège est recouverte d’une
cuirasse de tissus subéreux, mais ce liège naturel,
dit liège mâle, dur, irrégulier, fortement crevassé, est
(1) Lamey, Le chêne-liège. Paris, 1893.
Battanpier et Trabut. — Algérie,