
dans l'ombre à proximité. L’un d’eux se débarrasse
de son burnous, s’oint le corps de graisse de
fauve, bon ou panthère et s’avance à quatre pattes
vers le chenil. Les chiens, sidérés par l’odeur du
fauve, restent muets. Pendant ce temps, ses compagnons
se sont rapprochés du mur de l’écurie, et bien
loin de s’attaquer aux portes, ce qui fait toujours du
bruit, descellent une pierre du mur, puis deux, puis
trois, jusqu’à ce que la brèche soit praticable. Alors
on fait pénétrer avec précaution par l’ouverture
un .bâton babillé d’un burnous. Si cette exploration
n ’amène aucune alerte, un des compagnons
pénètre dans l’écurie, détache les animaux pendant
que les autres agrandissent la brèche par laquelle
1 écurie sera bientôt vidée. Toute la troupe,
armée jusqu’aux dents, aura vite conduit les bêtes
en beu sûr, dans quelque ravin perdu au fond des
bois. Le colon aura beau s’adresser à Toutes les
autorités, ses bêtes demeureront introuvables. Si
quelque agent de l’autorité, ou simplement quelqu’un
de suspect apparaît dans la région, tous ses
faits et gestes sont immédiatement signalés à plusieurs
beues à la ronde. Tous les Arabes du pays
manoeuvreront comme un seul homme pour dépister
les recherches. 11 peut arriver qu’au bout de quelques
jours, le colon volé voie venir à lui un Arabe qui
le tire à l’écart et lui tienne le discours suivant :
Tu as perdu tes boeufs, c’est pour toi une bien grande
perte, aussi t ’ai-je bien plaint dès que je l’ai su et j’ai résolu
de Te rendre service. Écoute-moi, je sais où sont tes bêtes,
donne-moi 500 francs (plus ou moins suivant l’importance du
vol) et je me charge de te les faire retrouver.
C’est la Bécharra. Ce que le colon a de mieux à
faire, c’est d’y souscrire* A l’heure et au jour convenus,
ses bêtes lui seront remises. Mais malheur
à lui s’il viole la bécharra, sa vie est fort en danger
et jamais il ne retrouvera ses bêtes. Ces
vols continuels sont un sérieux obstacle à la colonisation.
Les Arabes ne s’épargnent pas entre eux. Souvent
ceux d’un douar partent à la maraude vers les
douars voisins, mais ces expéditions sont dangereuses,
car l’Arabe dort le jour et veille la nuit.
Aussi arrive-t-il souvent que quelqu’un de l’expédi-..
tion est tué. Les acolytes emportent le cadavre, en
essuyant jusqu’aux moindres gouttes de sang,
évitant les terres labourées pour ne pas laisser de
traces, puis sur les confins de leur douar, ils déposent
le cadavre, tirent quelques coups de fusil, et
vont raconter aux leurs qu’ils ont été attaqués par les
gens du douar qu’ils avaient voulu voler. Ils demandent
vengeance pour leur compagnon tué pour
la défense commune. On fait semblant de les croire.
L’éducation morale manque totalement sous la
tente. La mère ne donne que les soins matériels et la
tendresse que toute femelle a pour ses petits. Elle
ne leur donne guère que de mauvais exemples,
étant sans morale elle-même et n ’ayant pour frein à
ses déportements que la crainte du père et sa surveillance
incessante et étroite.
Le père, dont l’autorité est absolue sur toute la
famille, fait durement sentir son despotisme.
Ainsi élevés, les Arabes sont capricieux, volontaires,
égoïstes surtout. Ces défauts sont communs'
aux deux sexes. Malgré le bâton qui la menace constam
m en t,^ femme arabe est loin d’être docile, ebe