
branchages recouverte d’un toit de chaume. Parfois
ses murs sont bâtis en pierres ou en terre. A part
•cela, il n ’offre pas un grand progrès sur la tente, il
est seulement moins mobile. Les cultures qui l’entourent
sont des plus rudimentaires. L’Arabe gratte
superficiellement la terre libre avec une charrue des
plus primitives, contournant la broussai'lle sans
l’arracher, les pierres sans les déranger, et laissant
le blé qu’il a semé pousser comme il plaît à Dieu.
Dans quelques terres très riches de la province de
Éonstantine, les cultures sont un peu plus soignées.
Les habitants de la tente et du gourbi. — Au
premier abord, les Arabes sont très séduisants. Chez
eux, le moindre berger, noblement drapé dans son
burnous, grave et digne, plein d’aisance et de
naturel dans sa démarche comme dans ses paroles,
nous apparaît comme une vision biblique et tranche
avantageusement avec nous, que nos habits étriqués
et ridicules, notre civilisation affairée et pleine de besoins
rendent moins décoratifs. Mais il ne faudrait
pas trop se fier à cette première impression superficielle.
Privé depuis longtemps de tout gouvernement,
sans autre boussole directrice que de vagues
•croyances mal enseignées par des marabouts ignorants,
ce peuple est tombé dans une profonde décadence.
Éminemment religieux, fanatique même, il
subit sans s’y soumettre les lois des infidèles, pour
lesquels il a un mépris profond. Pour comprendre
•cet étal d’âme de l’Indigène, il faut nous reporter
au temps des croisades; notre horreur du juif à
cette époque peut seule nous donner une idée des
sentiments que l’Arabe garde toujours à notre égard
dans le plus profond de son âme et qui dressent
entre lui et nous une barrière qui sera longtemps
encore infranchissable. Si quelqu’un d’entre eux, un
vieux soldat le plus souvent, se « civilise », c’est en
joignant nos défauts aux siens. C’est par l’ivrognerie
qu’il commence et c’est l’ivrognerie qui détruira
l’Arabe, s’il perd ses croyances religieuses. Il y a
certainement de braves gens chez les Arabes et là
comme partout le bien est mêlé au mal; cependant,
sous des formes très dignes, la justice y est essentiellement
vénale. Les témoignages sont presque
toujours dictés par l ’intérêt ou par la crainte. La
morale est souvent remplacée chez eux par de
belles phrases déclamatoires, destinées à surprendre
la bonne foi des naïfs, si par hasard il s’en trouve.
Depuis longtemps opprimés, les Arabes, pas plus
que les Kabyles, ne comprennent la bonté. Très
obséquieux, ils ne sont guère accessibles qu’à
la crainte; respectant la main qui les frappe, ils
sont toujours prêts à se révolter contre ceux qui les
traitent avec douceur. Ils attribuent les bons traitements
dont ils sont l’objet à la crainte qu’ils inspirent.
L Arabe est voleur. Le vol est glorieux même,
si le volé est musulman, et méritoire, s’il est chrétien
(I). Ils déploient dans le vol beaucoup d’ha-
bilete et de bravoure. Parfois le colon, las d ’avoir
veillé inutilement pendant douze ou quinze nuits,
s ’endort terrassé de fatigue, se confiant à la
garde de chiens vigilants. Les larrons guettent
(1) Du temps de sa puissance, l'Arabe fut toujours corsaire *
corsaire il est resté dans sa décadeuce. Le Touareg pille les
caravanes et les oasis, les tribus qui ont gardé quelque indépendance
font des razzias. Là où les grandes expéditions sont
impossibles, le corsaire devient un simple, voleur.
Battandier et Trabut. — Algérie. 14