
1 4 LE TELL.
neige fréquente. Même dans les plaines basses et
très chaudes l’été, comme le Chélif, le rayonnement
nocturne est plus considérable que sur le littoral à
cause de la sécheresse de l’air, et les gelées y sont
plus fréquentes.
M. le docteur Pauly (1) insiste sur le calme de l’air
si fréquent en Algérie, sur sa stagnation en arrière
des collines parallèles à la mer, et attribue, non sans
raison, à cet état de choses, l’insalubrité du climat
et la fréquence des fièvres paludéennes. Dans les
hauts plateaux balayés par des vents fréquents,
les marais mêmes ne sont pas toujours insalubres.
Les vents sont très instables. Le plus fréquent est
le vent du nord-ouest, qui souffle souvent en tempête
pendant l’hiver. Les arbres du bord de la mer sont
généralement courbés dans cette direction quand ils
peuvent résister, car les gouttelettes d’eau salée
qu’il entraîne sont mortelles pour la plupart d ’entre
eux. Mais « dans l’ensemble les vents sont indécis,
c’est tantôt l’un, tantôt l’autre qui prévaut, sans
grande durée; souvent un calme complet s’établit
dans l’atmosphère (2). »
En résumé, il n ’existe dans le Tell inférieur que
deux saisons, la saison sèche et la saison humide.
C’est pendant la saison sèche que la terre se repose
et que la végétation s’arrête. Dans le Tell supérieur,
apparaît une troisième saison, l’hiver, qui arrête
aussi la végétation; mais, par contre, l’humidité plus
grande retarde et atténue la période sèche et y rend
le climat assez semblable à celui de l’Europe.
Pourtant de temps à autre des siroccos précoces
(1) Pauly, Climatologie comparée.
(2) Aimé, cité par Reclus.
VÉGÉTATION. 15
y viennent compromettre les plus belles récoltes.
Dans la région montagneuse proprement dite,
le climat est très semblable à celui de l’Europe
moyenne.
Dans le Tell inférieur, la végétation s’arrête presque
I complètement pendant l’été. Le sol nu et dessé- ché, souvent crevassé, paraîtrait alors bien aride,
sans la végétation arbustive formée presque entièrement
d’arbres toujours verts. Pourtant la végétation
herbacée, quoique rare, ne disparaît pas totalement.
Sans parler des marais et autres lieux humides,
quelques plantes choisissent précisément cette époque
où la terre est libre, pour végéter.
Dès que les nuits plus longues ont amené des
brouillards nocturnes, toute une petite flore spéciale
se réveille et commence à fleurir. Dès les premières
plaies, les plantes annuelles germent en masse, les
plantes vivaces repoussent et la terre est bientôt
couverte d’un épais tapis de verdure, qui durera
jusqu’à la saison sèche. Grâce à la douceur des
hivers et à la température plus élevée du printemps,
la végétation présente une avance considérable sur
I¡ celle de l’Europe. On fauche en mai et on moissonne l en juin, dans le Tell inférieur et moyen.
Végétation. — La flore du Tell fait partie de la
îm flore méditerranéenne, et telle en est l’bomogénéitó
i qu’un naturaliste, brusquement transporté des
i garrigues de Montpellier aux environs d’Alger, à
I plus de 200 lieues de distance, ne s’apercevrait guère ¡I du changement. Tout au plus remarquerait-il quel-
Í ques plantes exotiques plus nombreuses et plus
J puissantes : Opuntia, Agave, Eucalyptus, orangers,
I et le dattier venu du Sud. Mais dépouillées de ces