
des solutions d’acide phénique à 4 p. 100 ou de
l ’huile lourde de houille émulsionnée. Mais sur la
même place, il éclôt des criquets sept à-huit jours
de suite et il faut recommencer tous les matins. Sitôt
que le soleil a frappé les jeunes criquets, ils deviennent
tout noirs et fort agiles. Ils semblent s’être
raccourcis, leur tête s’est développée, ils ressemblent
alors à des mouches, et commencent bientôt à manger.
Rien ne peut donner une idée de l’appétit du
jeune criquet, il dévore tout ce qu’il rencontre,
même les champs de tabac, sans paraître incommodé.
Tous les soirs, au coucher du soleil, les jeunes criquets
se rassemblent en tas et cherchent d’abord les
rayons du soleil couchant, puis des abris, car ils
sont frileux. Si l’on met à leur portée des paquets
de paille ou de broussailles, ils se cachent dessous.*
Si l’on y met le feu à la nuit tombante, aucun
n ’échappe. Lorsqu’ils sont dispersés dans les pieds
de vigne, on peut en prendre avec des entonnoirs à
Altises; mais comme ils ont une grande tendance à
se mettre en troupes et à marcher en colonnes compactes,
il vaut mieux, pour les détruire, profiter de
cette disposition (1). De distance en distance, on
creuse de petites fosses, et avec des branches on y
conduit les criquets que l’on enterre rapidement.
Après la première mue, ils ont encore leur couleur
noire avec des stries blanches. Ils continuent à grossir,
mais sans pouvoir voler jusqu’à la cinquième
mue ; ils deviennent alors des insectes parfaits. A
chaque mue, ils augmentent de volume, deviennent
(1) Il est bon de relever les branches des ceps et de les lier
toutes ensemble avec du raphia. Les criquets y séjournent
moins et se mettent plus facilement en colonne.
plus vigoureux, et leur corps se bariole de teintes
blanches ou rosées assez élégantes. A mesure qu’ils
grossissent, leur pouvoir dévorant croît en proportion.
Ils dévorent tout sur leur passage, même les
cadavres de leurs compagnons morls. Il arrive même
qu’ils se battent pour s’entre-manger, en vrais cannibales.
Dès les premières mues, ils cherchent à se rassembler
en colonnes si compactes qu’elles couvrent
le sol d’une couche noire continue, de largeur et de
longueur très variables. On dirait une bande d’étoffe
rampant d’elle-même sur le sol, à la manière d’un
reptile. Certaines de ces bandes ont plus d’un kilomètre
de longueur. Cette phalange va droit devant
elle, suivant toujours invariablement la tête de
colonne. Celle-ci peut d’ailleurs prendre une direction
quelconque, suivant qu’elle est effrayée ou
qu’elle trouve un chemin plus propice. On peut la
diriger, en lui préparant des chemins propres et bien
ratissés. La nuit, les colonnes s’arrêtent et dévorent
tout ce qu’elles rencontrent. Il en est de même le
jour, si elles rencontrent de la verdüre. Si l’on creuse
une fosse sur le trajet de la colonne, elle donne
dedans tête baissée jusqu’à ce que la fosse soit
pleine, après quoi le reste passe par-dessus. Cette
tactique réussit partout, si l’on a soin d’empêcher
par des obstacles que la colonne n ’évite la fosse.
Mais le principal moyen de combattre les jeunes
criquets consiste à barrer dévastés étendues par un
mur continu, soit en toile, soit en zinc. Les criquets
encore dépourvus d’ailes arrivent contre ce mur et
essayent de l’escalader. Les défenseurs s’y opposent,
soit en rendant le mur glissant (zinc bien net), ou
en mettant au haut du mur de toile une bande con