
50° l ’été. Les variations diurnes, qui atteignent déjà
17° sur la lisière algérienne, peuvent dépasser 30°
dans l’intérieur. Le sable, les roches peuvent atteindre
dans le jour des températures déplus de 70°. Déjà, à
Biskra, il est quelquefois possible de faire cuire un
oeuf dans le sable. Rohlfs ayant une fois posé à terre
un thermomètre gradué jusqu’à 70° et une bougie, le
thermomètre éclata et de la bougie il ne trouva plus
que la mèche. Il était obligé de faire voyager son
chien à dos de chameau, le sable lui brûlant les
pattes. C’est le manque d’eau, ce grand régulateur,
qui rend le cümat si excessif.
Avec un pareil climat, on comprend que l’évaporation
doit être énorme. Le Dr Amat était arrivé au
Mzab au chiffre fantastique de 14 mètres d’évaporation
en six mois. Mais les formules des psychro-
mètres et évaporamètres cessent d’être exactes à des
températures aussi élevées.
Cours d’eau. — Aussi ne trouve-t-on guère au
Sahara que des cours d’eau souterrains, protégés
contre l’évaporation par une épaisse couche de
terre. Dans les Chotts où l’eau persiste, elle est
beaucoup plus salée que l’eau de mer et en couche
peu profonde. Certains se dessèchent complètement,
ne laissant que du sel et du gypse brillants sur un
sol dur, mais donnant encore à distance l’illusion
de l’eau. Le mirage est fréquent dans les Chotts desséchés.
D’autres restent toujours boueux, comme le
Chott-el-Djerid. Ces boues sont même souvent assez
fluides pour que l’on puisse s’y enliser facilement.
Il faut avoir bien soin de suivre les pistes connues.
Les Chotts qui conservent de l’eau ou des boues
liquides sont généralement entretenus par des
sources ou des oueds. Ce sont les sources d’eau
douce du Chott-el-Djerid qui avaient fait croire à
l’existence d’un lac souterrain. Partout l’évaporation
possible est bien supérieure1 aux précipitations.
On admet même 1 généralement que l’évaporation
réelle est plus considérable que les apports d’eau,
en un mot que les dépenses en eau dépassent les
recettes, et que l ’état du Sahara va toujours en
s’aggravant. Cela est probablement vrai, mais, en
tout cas, cette aggravation est extrêmement lente.
Un continent presque privé d’eaux courantes, qui à
elles seules façonnent à peu près tous les autres
doit présenter des caractères bien particuliers.
« Le désert (1), dit Schirmer, plus que toutes les
autres parties de la surface terrestre, a l’apparence
de l'immobilité. Le climat implacable a dépeuplé
la terre ; les grandes plaines nous offrent l’image
absolue du vide. Les montagnes sont comme des
squelettes, dont le soleil a mangé la chair; les dunes
ont 1 air de vagues d’or mat solidifiées ; l’absence de
bruit est telle que, suivant ¡’expression d’un voyageur,
on écoute le silence. Tout cela paraît immuable,
figé dans l’éblouissante lumière, et il semble
que 1 homme seul change dans ces paysages éternellement
les mêmes. »
Pourtant cette immobiüté est plus apparente que
réelle. Le Sahara, comme les autres continents,
quoique plus lentement, se modifie d’une manière
continue, et dans celte transformation l’eau joue un
rôle un peu effacé peut-être, mais qui n ’est point
nul. Les averses puissantes qui tombent de temps à
(1) Schirmer, loco citato, p. 139.