
On nous oppose souvent la colonisation romaine
qui a eu sept siècles pour se perfectionner, mais
dans cinquante ans, nous aurons dépassé les Romains.
Il est vrai que nos moyens d’action sont plus
puissants.
Quoi que l’on ait pu dire, le climat ne semble pas
avoir beaucoup changé depuis les Romains, et si
l’on reprenait leurs procédés de culture, l’on pourrait
rendre prospères des régions que l’on regarde aujourd’hui
comme propres seulement au pacage des
moutons.
On a dit que, dans certains puits romains de
Tunisie, on ne trouvait plus l’eau qu’à 1 mètre au-
dessous des fondations.
Hérodote rapporte que les Garamantes, habitants
du désert, chassaient les Éthiopiens troglodytes sur
des chars à quatre chevaux et avaient des boeufs qui
paissaient à reculons, leurs grandes cornes courbées
en avant buttant contre terre quand ils voulaient
avancer. Ce boeuf opistonome des Garamantes n ’est
pas, comme le dit Schirmer, le Zébu du Soudan,
mais bien une espèce disparue, dont l’École des
sciences d’Alger possède une belle tète. De nombreux
textes signalent à cette époque l’Éléphant dans le
Maghreb. Ces animaux ont donc disparu dans les
temps historiques. Le grand changement climaté-
rique qui s’opère depuis le quaternaire doit encore
se continuer aujourd’hui. Il semble que nos forêts ont
une tendance à reculer même en dehors del’action de
l’homme et de ses troupeaux. Mais il est d’autre
part évident que ces changements ont été faibles depuis
les temps historiques. Hérodote nous dit que
de son temps il pleuvait si peu dans les déserts de
Libye, qu’on y bâtissait les maisons avec du sel.
L’expédition d’Alexandre à l’oasis d’Ammon nous
montre un désert semblable à celui que nous connaissons.
Le soin méticuleux avec lequel les Romains
captaient et utilisaient toutes les eaux indique leur
rareté. D’après M. Schirmer, l’existence de la flore
désertique serait la meilleure preuve de l’antiquité
du Sahara. Évidemment cette flore est ancienne; il
est même possible que la plupart de ses types remontent
à la période tertiaire ; mais cela prouve
seulement qu’il existait alors dans le continent des
pays où ces espèces pouvaient vivre. Rien ne dit
qu’elles occupaient alors les mêmes espaces qu’aujourd’hui.
Elles ont dû avancer avec le désert à
mesure que les anciennes plantes du pays rétrogradaient
ou se réfugiaient sur les montagnes. Au quaternaire,
le Sahara semble avoir été déjà un pays de
steppes ; depuis, la steppe a dû passer au désert par
un mouvement très lent. Les modifications du climat
depuis les Romains sont certainement peu sensibles,
et l’Algérie sera encore cultivable pendant bien des
siècles.
FIN.