
à la raison qui aurait amené les anciens habitants de
Roknia à aligner ainsi leurs dolmens le long de
ces lignes de fracture, Bourguignat croit la trouver
dans des croyances religieuses. Ces dolmens auraient
été placés là sous la protection d’une divinité infernale.
Sur le pourtour de la nécropole, du côté de la
montagne, on trouve un grand nombre de niches
creusées dans le roc (Haouanet de M. Letourneux).
Ces niches ont aussi servi de sépulture, mais Bourguignat
les croit bien postérieures aux dolmens.
Bourguignat a fouillé vingt-huit de ces dolmens ; le
général Faidherbe en avait aussi fouillé un grand
nombre. Chacun d’eux contient un ou plusieurs
cadavres; Faidherbe en a trouvé jusqu’à sept dans un
même dolmen. Ces sépultures ne semblent pas extrêmement
anciennes. On y a trouvé de nombreuses
poteries, des anneaux et des amulettes en bronze. Les
crânes sont généralement doüchocéphales, et nous
avonsvuque deQuatrefages y avait cru reconnaître la
race de Cro-Magnon. Bourguignat et Pruner-Bey se
sont livrés au sujet de ces crânes à des spéculations
bien curieuses, mais qui auraient peut-être besoin de
confirmation (1). D après ces auteurs, les plus grands
dolmens ne contiennent qu’un ou deux squelettes
paraissant appartenir à la race arienne. Les autres
contiennent en général trois corps, parfois sept ou
huit appartenant aux races berbère et nègre ou à des
métis de ces deux races. Les Arias, venus probablement
par la Sicile et identiques avec les Tamahous
blonds des Égyptiens, devaient constituer la race
dominante. A coté des squelettes d homme, on trouve,
(1) Fauvelle, Congres de Limoges.
d’après Bourguignat, un vase en poterie ; il n ’y en a
jamais près des squelettes de femme. On y trouve
par contre des bijoux (bagues, bracelets) en bronze
et même en argent doré, d’un travail très primitif.
Ces bijoux ont en général une forme spiralée.
Les poteries sont pareilles à celles des dolmens de
France, qui, à cette époque, n ’avaient pas encore d’objets
en bronze. Mais (toujours d’après Bourguignat)
des populations de race japhétique, parties d’Asie,
étaient arrivées en Afrique bien longtemps avant les
Phénicienset y avaient établide nombreuses colonies.
Ces populations, souvent en guerre avec l’Égypte,
devaient avoir une civilisation déjà avancée. Pruner-
Bey a cru pouvoir affirmer que parmi les crânes de Roknia
se trouvait celui d’une femme égyptienne des XVII0
et XVIIIe dynasties, ce qui ferait remonter l’âge de ces
dolmens à 2 000 ans environ avant notre ère. Bourguignat
estime qu’à cette époque le climat de Roknia
était plus froid et plus humide qu’aujourd’hui et que
la moyenne de température ne devait pas dépasser
—10°. Il se base pour cela sur des calculs astronomiques
appuyés sur la variation de l’excentricité de
l’orbite de la terre, sur la variation de l’obliquité de
l’écliptique, sur la précession des équinoxes, etc. Il
arrive à des résultats analogues par l’étude des coquilles
de mollusques enfouies à différents niveaux,
et par d’ingénieuses déductions il est amené, d’après
ces mêmes coquilles, à assigner encore la date de
2 000 ans avant notre ère aux dolmens de Roknia.
2° Nécropole de Bou Nouara. — Cette nécropole
se trouve sur la route de Bône à Guelma, sur les
pentes du Djebel Mezala. Les dolmens de cette station
ont été également fouillés par le général Faidherbe;