
En dehors de la production du vin, la vigne joue
un rôle important dans l’alimentation. Des raisins
précoces sont expédiés en quantité assez considérable,
des raisins tardifs de la région montagneuse
pourraient aussi être li vrés à l’exporlation en décembre
et en janvier. Enfin la consommation locale ne
peut être évaluée exactement; mais elle représente
un chiffre important. Les Indigènes mangent beaucoup
de raisins ; au moment de la grande production,
beaucoup ne prennent pas d’autre nourriture. Les
viticulteurs ont énormément de peine à obliger leurs
ouvriers à manger du pain pendant les vendanges.
Ces vendangeurs vivent exclusivement du fruit qu’ils
récoltent et conservent ainsi leur salaire intact.
L industrie des raisins secs devrait aussi attirer
1 attention des producteurs. Les Kabyles préparent
en petite quantité des raisins secs, mais pour leur
consommation.
Olivier. — L’Olivier, par sa grande diffusion et
aussi par l ’importance de ses produits, est l ’arbre qui
mérite le plus d attirer l’attention de la colonisation
nouvelle. Bugeaud disait souvent aux premiers
colons : « Plantez de la vigne et greffez vos oliviers. »
Ce sage conseil n ’était que bien peu suivi, on n ’a
planté de la vigne que vingt-cinq ans plus tard et on
a fait beaucoup de charbon avec les oliviers.
L’olivier peut être planté avec profit sur les flancs
secs des coteaùx, dans des terres légères, générale-
mentmaigres. Cette culture arbustive devient le complément
des pâturages et des céréales, qui font parfois
défaut, laissant les populations indigènes sans aucune
ressource pendant de longs mois.
Dès l’antiquité, l ’olivier était cultivé en grand sur la
côte d’Afrique : Diodore de Sicile raconte que lors de
la descente d’Agathocle en Afrique (310 avant J.-C.)
les Syracusains furent émerveillés de la végétation
luxuriante des oliviers et des vignes. L’huile a
toujours été un important produit du Maghreb. De
nos jours, on retrouve encore les traces de ces
anciennes plantations, les vieux oliviers en quinconce
ont frappé depuis longtemps les observateurs.
M. Bourde (1) a récemment appelé l’attention sur
la culture trop oubliée de l’olivier. D’après cet observateur
sagace, la culture fruitière a été l’ancienne
cause de la prospérité du Maghreb. La richesse reviendra
dans ces régions quand nous aurons reconstitué
les anciennes plantations et mis cette terre
fertile en exploitation par les racines profondes des
grands végétaux.
L’olivier est spontané dans toute la Barbarie ; mais
à côté des races absolument sauvages, Zeboudj des
Arabes, on rencontre beaucoup d’oliviers semés par
les oiseaux et qui dérivent des races cultivées. Le
même fait s’observe pour la vigne. Il est difficile
qu’il en soit autrement.
Les races cultivées sont nombreuses, beaucoup
sont communes à toute la région de l’olivier, mais
quelques-unes paraissent des variétés locales, qui
ne sont pas dépourvues de valeur. C’est en Kabylie
et dans la région de Sfax que l’on peut observer les
types les plus intéressants (fig. 8). Il est fort curieux
de constater qu’il n ’existe, en Algérie, ni une étude sur
cette importante question des races locales d’oliviers,
ni une pépinière, où seraient réunies les variétés de
(1) Bourde, Culture de l'olivier dans le centre de la Tunisie.
Tunis, 1893.