
Les chevaux indigènes, dit Bouvier (1), ont une hauteur
qui varie de lm,58 à lm,48 ; ils sont sobres, dociles, patients,
mais pleins de courage et de fond. Ils traversent sans hésitation
et d’un pied sûr tous les accidents de terrain qu’ils grar
vissent, descendent et contournent avec une adresse et une
agilité surprenantes, à moins qu’il ne s’agisse de s’enlever au-
dessus d’une éminence ou de sauter dans une excavation
coupée à pic ou au delà, ce qu’ils exécutent également avec
beaucoup d’énërgie et de légèreté; mais ces accidents étant
très fréquents en Afrique, les chevaux sont habitués à passer
entre eux, autour, dessus ou dedans, plutôt que de les franchir
tous, pour ainsi dire sans cesse, ce qui causerait la ruine
du cheval et des fatigues extrêmes au cavalier.
Ces précieuses qualités ne nuisent ni à leur force, ni à leur
élan, ni à leur vitesse, ni à leur discipline. Nos chasseurs
d’Afrique sont armés (à l’époque du rapport) d’un fusil de dragon,
d’un sabre, d’un pistolet et d’une hache; ils sont ordinairement
pourvus, outre leur équipement, de trois paquets de
cartouches, de vivres et de fourrages pour cinq à six jours,
d’un bottillon de bois à brûler, etc. ; et ces chevaux, sous ces
robustes cavaliers, si lourdement armés, si pesamment pourvus,
font par jour huit à dix lieues et souvent plus, à toutes les
allures, la plupart du temps à travers des terrains coupés de
ruisseaux, de ravins ou obstrués par des fragments de rochers,
des palmiers nains et des broussailles, sans qu’aucun d’eux
reste en arrière !
J’ai assisté à une course de plus de deux lieues fournie
avec entraînement, à la suite d’une alerte, par le 4 ° régiment
de chasseurs formé en colonne par pelotons, sous toutes les
conditions que je viens d’indiquer, et pas un seul cheval ne
resta en arrière, tous s’étaient maintenus dans l’alignement,
qu’ils eussent conservé encore s’il avait fallu pousser plus
loin! Sont-ce là des chevaux méprisables? Les meilleurs
d’Europe, s’ils étaient soumis à de pareilles épreuves, ne perdraient
ils pas dans la lutte un peu de leur haute réputation?
Et cependant il est à remarquer que, par un concours de
circonstances déplorables, non-seulement les plus estimés des
chevaux africains ne sont pas à notre disposition, mais que
nous n’avons pas même le choix parmi ceux dégénérés.
Le général Daumas n ’est pas moins affirmatif. Et
aujourd’hui que nous pourrions avoir à notre dispo-
(1) Bouvier, Rapport au ministre de l’agriculture.
sition les plus beaux types de cette précieuse race
qui peut rendre partout de si grands services, qu’aucune
ne saurait remplacer en Algérie, l’État, sous
prétexte de l’améliorer, la fait croiser en grand par
les étalons les plus variés, et est en train de la
perdre !
Le cheval barbe a généralement la tête courte et
carrée, les plus beaux types seuls ont le museau
effilé avec les naseaux très dilatables. Le chanfrein
est droit, parfois légèrement busqué. L’élégance de
l’altache à l’encolure laisse peut-être un peu à désirer,
les oreilles sont longues, minces et débées, les
yeux à fleur de tête, grands, bien ouverts, plutôt
doux que vifs. L’encolure droite et élégante est souvent
chargée d’une, belle crinière soyeuse et vient
se fondre agréablement par la dépression tranchée
du coup de hache avec le garrot bas et musculeux.
Le dos large et concave se termine par des- reins
courts et bien nourris; la croupe est oblique et courte
et la queue attachée bas. Le poitrail est large, les
côtes arrondies bmitent une cage thoracique bien
développée ; le ventre est parfois un peu gros à cause
du régime en vert, les Arabes ne ramassant pas de
fourrages. Les épaules sont charnues etmusculeuses,
longues, mais manquant d’obbquité; l’avant-bras est
un peu mince, le genou large, le canon grêle et
les tendons bien dessinés, le boulet grêle, le paturon
obbque, le sabot bien fait à corne dure et résistante.
La hanche est légèrement saillante et inch-
née, donnant la conformation générale courte en
dessus, longue en dessous; la cuisse est plate,
le jarret souvent courbé, mais large, sobde et bien
évidé.
B a tta n d ie r e t Trabüt. — Algérie. 16