
Chotts Mèlrhir et Rharsa, niveau inférieur à celui de
la Méditerranée, ce qui avait donné au commandant
Roudaire 1 idée de la création d ’une mer intérieure,
qui, à son avis, devait révolutionner la climatologie
du Maghreb et même de l’Europe. Il pensait au
début que tous les Chotts étaient à un niveau inférieur
à celui de la mer, ainsi que de vastes étendues
de terres avoisinantes, et qu’il suffirait de creuser un
canal à travers le seuil de Gabès pour créer la mer
intérieure. Chose remarquable, c’est dans cette même
région que 1 on a trouvé des coquilles marines. Les
unes très abondantes, comme le Cardium edule, sont
plutôt des coquilles d eau saumâtre qui ont pu vivre
dans les Chotts tant que la salure n ’a pas été trop
forte. Elles sont du reste associées à des coquilles
d’eau douce, qui, habitantes des mêmes Chotts avant
leur salure, avaient pu s’adapter à un nouvel état de
choses. Les coquilles vraiment marines que l’on y
a trouvées sont :
1° Une valve unique d'Arca paraissant appartenir
à une espece de 1 Océan indien. Elle était à la surface
du sol. Comment a-t-elle pu être apportée là? C’est
assez difficile à expliquer, mais il serait téméraire
de baser une mer sur cet unique témoignage.
2° M. Thomas a trouvé près des ruines de Sedrata,
oasis du xe siècle, un Cauri (Cypris moneta), un
Cône percé d un trou peut-être accidentel, peut-être
aussi parce que cette coquille avait fait partie d’un
collier, un Pectoncle et un Triton. Aucune de ces
coquilles n ’était en place.
3° Desor a de même trouvé dans le Souf quelques
coquilles marines en place, mais dans les alluvions
fluviales, par conséquent dans les terrains remaniés.
Aucune de ces preuves n ’est décisive et la plupart
des géologues nient l’existence de cette mer quaternaire.
Eût-elle d’ailleurs existé, ce qui n ’a rien d ’impossible,
elle n ’eût intéressé qu’une infime partie du
Sahara (1).
Au point de vue pratique, les mesures directes
firent bientôt voir à M. Roudaire que le grand Chott
EIDjerid, situé entre les précédents et la mer, aulieu
d’être plus bas que la Méditerranée, avait un niveau
très supérieur. C’est alors qu’il inventa cette bizarre
hypothèse que le Chott El Djerid serait formé d’une
croûte solide surnageant! un lac d’eau douce; qu’il
suffirait de faire communiquer ce lac avec les Chotts
voisins pour que l’eau s’écoulât vers ceux-ci, ce qui
ferait effondrer cette croûte. Cette théorie ne repose
sur aucun fondement sérieux. Même en acceptant
les théories du capitaine Roudaire, les difficultés
d’exécution seraient telles, qu’il est peu probable que
ce projet soit repris de sitôt.
La mer intérieure fût-elle possible, ne présenterait
probablement pas les avantages espérés. Elle serait
de trop faible étendue, pour amener une modification
climatérique importante, et d’ailleurs ce n ’est ni sur
le Sahara, ni peut-être même sur les Hauts-Plateaux
que ses vapeurs iraient se condenser ; les bords de la
Caspienne, du golfe Persique, de la mer Rouge sont
aussi désertiques que le Sahara. Elle ferait disparaître
d’importantes oasis susceptibles d’accroissement
(2).
(1) Yoy. Tournouer, Association française pour l'avancement
des sciences. Paris, 1878, p. 608.
(2 ) Gosson, Sur le projet de la mer intérieure (Comptes rendus
de l’Académie des sciences, 1882).
B a ttan d je r et Trabut. Algérje. |Q