
Pendant les longues traversées d’un point d’eau à
un autre, il arrive de temps à autre qu’un lièvre se
lève sous les pieds des chevaux. C’est alors une chasse
à courre, où le gibier ne trouvant aucun abri n ’a
guère de chances d’échapper. Les chevaux du pays
ont si bien l’habitude de cette chasse qu’ils s’arrêtent
d’eux-mêmes dès qu’ils ont atteint le lièvre pour
donner au cavalier le temps de tirer. D’autres fois,
ce sont des vols de gangas ou des outardes, que l’on
dérange, rarement des gazelles ou des antilopes.
Les points d’eau sont en général des puits plus ou
moins profonds, où l’on trouve de l’eau bonne à boire ;
des réserves ou mares d’eau trouble, où les troupeaux
viennent boire, rarement quelques petites sources
au voisinage des montagnes. Le Khreider, près du
chot Ghergui, est un des bien rares points où coule
une source abondante pouvant irriguer de grands
jardins. Sur bien des points, les caravanes doivent
transporter à dos de chameau l’eau nécessaire à leur
alimentation.
Sur le pourtour des Chotts et sur quelques points
au voisinage des montagnes se forment des dunes
sablonneuses, où apparaît la flore des sables désertiques
caractérisée surtout par le Drinn [Aristida pun-
gens).
Plus près des cuvettes, se trouvent d abondantes
Salsolacées, dont quelques-unes envahissent même
le lit des Chotts pendant l’été.
Enfin certaines dépressions un peu plus fraîches
et un peu plus profondes présentent des traces de
végétation arborescente ; quelques Betoum (Pistacia
atlantica) et quelques Jujubiers (Zizyphus lotus). A
part ces deux plantes et le Rétama sphærocarpa, on
ne trouve guère de végétation arbustive dans la
steppe.
Dans toute cette région, on ne voit comme h abitations
stables que les gares fortifiées du chemin de
fer d’Arzew à Aïn Sefra. Rarement on rencontre un
douar (agglomération de tentes des Arabes pasteurs).
La steppe ne sert guère en effet qu’au parcours des
moutons et des chameaux.
Les moutons ne touchent guère à l’Alfa, mangent
un peu de Chih, mais se nourrissent surtout de
petites herbes intercalaires. De petites plantes, paraissant
bien insignifiantes, jouent un rôle considérable
à ce point de vue, tels sont le Plantago albi-
cans et le Schismus marginatus.
Ces immenses plaines stérilisées par le manque
d’eau n ’ont probablement pas toujours eu ce même
régime; pourtant on n ’y trouve pas de fleuves morts,
comme dans le Sahara. Leur flore a bien l’air d’une
flore en ruines, montrant encore de nombreux vestiges
d’une flore plus boréale à travers lesquels s’infiltre
la flore désertique. Cette flore des steppes
est peu nombreuse .en espèces, on y distingue encore
beaucoup de plantes d’Europe : Androsace>
maxima, Sideritis montana, Taraxacum officinale,
Buffonia tenuifolia, Telephium Imperad, Barkausia
taraxacifolia, Onopordon acaule, les deux lins déjà
cités, Asterothrix hispánica, Artemisia compestris, qui
est très répandu et très commun, Plantago albicans,
Diplotaxis muralis, D. virgata, Alyssum granatense,
A. campestre, etc.
On trouve des restes encore plus caractéristiques
sur l’Antar : Linum tenuifolium, Brassica Gravmæ,
Pimpinella Tragium, Lactuca viminea, Erodium