
femelle est muni d’une forte tarière cornée, qui lui
permet de creuser le sol par un mouvement de rotation,
afin d’y enfouir ses oeufs. Le trou ainsi creusé
est cylindrique et vertical, de la grosseur d’un fort
porte-plume et d’une profondeur de 8 à 12 centimètres.
Pour creuser cette cavité, la femelle, ayant
son mâle sur le dos, recourbe son abdomen à angle
droit, et à mesure que le trou devient plus profond
les derniers segments abdominaux se développent
comme les étuis d’une lunette. Si l’on arrache violemment
cette femelle de son trou, son abdomen
ressemble à un gros ver blanchâtre et luisant, de 8 à
12 centimètres. Le trou terminé est enduit d’une
matière albuinineuse, puis les oeufs sont pondus en
grappe cylindrique de 4 à 6 centimètres de long.
Ils sont longs de 8 à 10 millimètres sur 1 millimètre
de largeur, agglutinés entre eux par cette même
substance albumineuse, dont la femelle remplit le
reste du trou jusqu’au ras du sol. C’est une protection,
en même temps qu’une réserve alimentaire
pour les jeunes. Ce bouchon se dessèche en pellicules
blanchâtres.
Les sauterelles ne meurent pas, comme on le
croyait, après la ponte. Elles sèment bien des cadavres
sur leur passage, mais, à moins d’épidémie
parasitaire, ces cadavres sont peu nombreux. Il est
démontré aujourd’hui, surtout par les expériences
de M. Künckel d’Herculais, que la même femelle
opère plusieurs pontes successives. Sur leur immense
parcours du Soudan au littoral, elles pondent
plusieurs fois et il est probable que ce sont les proqui
font dire aux Arabes que chaque criquet porte sur son
collier un numéro matricule.
duits additionnés de ces pontes sûccessives qui
arrivent dans le Tell.
Le criquet pèlerin est muni d’ailes puissantes, il
vole comme l’oiseau vers le but où il veut aller et
n ’est nullement porté par le vent. Bien au contraire,
il vole généralement contre le vent, dont il remonte
le courant. Si le vent est trop violent, il peut être
reporté en arrière, mais sans cesser de faire face,
et dès que! la force du vent diminue, il revient
vers son but. 11 va généralement du sud au nord,
mais en modifiant fréquemment cette direction suivant
les circonstances, pour contourner les massifs
montagneux, suivre les vallées, etc. Arrivées au bord
de la mer, les sauterelles dévient pour suivre le rivage,
parfois pourtant elles se lancent en avant, peut-
être dans l’espoir de la traverser et se noient en
masses énormes. Il n ’est pas rare que deux vols
arrivent en sens inverse et se rencontrent. Il se
produit alors une certaine confusion, puis les deux
vols réunis prennent une nouvelle direction.
La vue des sauterelles semble avoir une grande
portée; car nous avons été témoins du phénomène
suivant : elles ont traversé la rade d ’Alger (18 kil.L
et se sont détournées de la pleine mer.
Les sauterelles volent parfois à une grande hauteur,
formant de véritables nuages qui obscurcissent la
lumière du soleil, mais le plus souvent elles volent
à une faible hauteur, depuis le sol jusques à 3,4, 5 ou
6 mètres. Ce sont celles qui cherchent à se poser
pour pondre, ce sont celles-là qui sont à crâindre. On
dirait une chute de neige en énormes flocons, mais
ces flocons volent dans une direction horizontale.
Pourtant il s’en pose constamment à terre, d’autres