
dont ils y sont sans cesse menacés. Ils y gardent
leur costume national et leurs coutumes. Aussi, lors
de la conquête, les nombreux Juifs d’Algérie étaient-
ils en tous points pareils à ceux que nous dépeignent
les chroniqueurs du moyen âge, type peu sympathique
assurément.
Aujourd’hui que notre loi les protège contre les
spoliations violenteè, ils ont pu donner libre cours
à leur génie du commerce et de la spéculation. Ils
exercent volontiers l’usure et sont sans pitié pour
leurs créanciers* (11 est juste de dire que pas mal de
chrétiens les imitent en ce point.) Aussi ont-ils acquis
de grandes richesses. Les jeunes abandonnent
aujourd’hui leur costume national, et cherchent à
vivre de notre vie, fréquentent nos écoles, dont ils
sont souvent les plus brillants élèves, et briguent
tous les emplois. Mais bien que lé décret Crémieux
les ait naturalisés en masse, le Juif reste juif et forme
toujours une nation à part au milieu de la nation.
Le Juif a pour qualités l’ordre, l’économie, l’amour
delà famille, la charité aussi, mais une charité exclusive
qui ne s’exerce qu’envers ses coreligionnaires.
En somme, Arabes, Juifs et Chrétiens vivent côte
à côte, en Algérie, sans mélange appréciable.
Les Maltais se multiplient beaucoup aussi dans
les villes où ils réussissent bien comme commerçants,
et de tous les Sémites sont certainement ceux qui ont
le plus de tendance à se fondre avec notre race,
n ’ayant aucun obstacle religieux qui les en séparé.
Démographie. — La population algérienne se compose
de deux éléments, l’un indigène, important
par le nombre, l’autre européen, récemment implanté,
mais devant prendre possession du sol conquis
en dominant ou assimilant l’élément indigène
resté jusqu’à ce jour instinctivement hostile.
Les nombreux problèmes, que soulève l’établissement
des races implantées, présentent donc un intérêt
à la fois scientifique et politique, et il serait important
de recueillir avec soin et avec intelligence
tous les documents administratifs de la statistique
algérienne ; malheureusement ce travail est défectueux
et incomplet. Les municipalités tiennent assez
mal leurs archives.
Pendant quelques années, le Dr Ricouxfut chargé,
par le gouvernement général, de la statistique démographique
et médicale de l’Algérie, et les documents
élaborés de 1881 à 1889 constituent un ensemble
intéressant; c’est dans ce fonds que nous puiserons.
La densité de la population algérienne est difficile
à calculer en raison des limites incertaines du
territoire ver g le sud, et aussi de l’existence de
grandes surfaces non peuplées, de steppes ne comportant
pas une population sédentaire.
On évalue à 44000000 d’hectares la superficie delà
colonie, en négligeant une partie saharienne inhabitée
qui n ’a pas délimité vers le sud. Dans cet espace, est
disséminée une population de 4 391000, soit environ
9 habitants par kilomètre carré. Cette densité
moyenne ne donne pas une idée juste du peuplement
de l’Algérie, car il existe une énorme disproportion
dans la densité de la population suivant les territoires :
le Tell, avec une superficie de 14000000 d’hectares,
est la région réellement colonisable où il est surtout
intéressant de suivre le peuplement ; sur ce territoire
les Indigènes occupent encore 12 000000 d’hectares,
la densité générale y est de 22 Indigènes par kilo