
sauterelles pondent quand même, et bientôt après
abandonnent le théâtre de leurs exploits. Que deviennent
elles ? Elles continuent plus loin pendant quelques
jours la même manière de faire, puis disparaissent
totalement. Beaucoup se noient en mer, un
certain nombre se cantonnent dans les marais ; les
autres meurent naturellement ou par des maladies
parasitaires.
_ Mais la graine qu’elles ont laissée dans le sol est
bien vivante et c’est là qu’est le danger principal.
Les dégâts causés parles sauterelles adultes ne sont
rien, comparés à ceux de leur progéniture. Les oeufs
mettent à éclore un temps qui peut varier de dix-
sept à trente-six jours, suivant la nature du sol, la
profondeur où ils ont été enfouis, la température et
peut-être d’autres conditions. D’abord d’un jaune
brunâtre et hyalins, ils ne tardent pas à se gonfler, à
devenir opaques et d’un blanc grisâtre, le plus souvent
ils sont comme poudrés par des efflorescences
blanchâtres de nature cryptogamique. Bientôt, à travers
l ’enveloppe de l’oeuf, on distingue l’insecte qui
ne tardera pas à éclore. C’est contre l’oeuf que porte
surtout la campagne défensive. Les Arabes prêtent
à Mohamed le dicton suivant : « La sauterelle pond
99 oeufs ; si elle en pondait 100, le monde n ’existerait
plus. » Les grappes sont en effet de 80 à 120 oeufs,
Lorsque les pontes sont abondantes dans le sol, elles
le font fendre à mesure que les oeufs grossissent,
ün peut faire ramasser les oeufs à la pioche, en les
payant tant le boisseau. Ils forment un excellent
engrais, mais dans les grandes invasions, il faut des
systèmes plus expéditifs. Les labours rendent de
grands services, mais les résultats varient suivant la
nature du terrain. Dans les terres fortes, un seul
labour à 15 centimètres de profondeur suffit pour
tout détruire ou à peu près. S’il s’agit d’une vigne, il
faut piocher partout où la charrue n ’a pu atteindre.
Si la terre se met en mottes grosses comme le poing
oumême comme les deux poings, les oeufs se dessèchent
totalement. Il en va autrement dans les terrains
meubles et surtout dans le sable. 11 vaudrait
mieux alors labourer profondément, car les oeufs
enfouis à plus de 15 centimètres de profondeur
n’éclosent pas, ou plutôt les jeunes qui en résultent
ne peuvent pas atteindre la surface (1). Si l’on fait
des labours légers, et il n ’est pas possible d'en faire
d’autres dans les vignes, seuls les oeufs amenés à
la surface sèchent. A 5 centimètres dans le sable,
•tous les oeurs, même désagrégés, éclosent. On se
trouve bien, en pareil cas, de hersages fréquents.
Malgré tout, quand les pontes ont été abondantes,
il éclôt beaucoup de criquets dans les. terrains
sableux. C’est contre eux qu’il va falloir diriger la
lutte, et non seulement contre ceux de son propre
terrain, mais aussi contre les colonnes venant du
dehors. On peut aussi dans certains cas détruire les
oeufs en les noyant. Il suffit d’irriguer à grande eau;
tous pourrissent.
Dès que le jeune criquet éclôt, il est un peu plus
long que l’oeuf et tout blanc. A ce moment, il est à
peu près immobile. On peut en écraser beaucoup, en
les frappant soit avec des sacs alourdis par un peu
de terre, soit avec des branches bien feuillées, comme
celles d'Eucalyptus. On peut aussi les arroser avec
(1) C’est ce qui résulte des expériences effectuées par l’un
de nous.