
1 heure actuelle de grandes exploitations, créées à
grands renforts de capitaux français, subissent une
crise difficile. Mais il en est de même partout, l’avilissement
des prix des denrées rend précaire le
revenu du propriétaire terrien, celui du capitaliste
■décroît aussi constamment. Lorsque le colon consommera
lui-même les produits du sol, l’Algérie
pourranourrir 12000 000 d’hommes,précieux appoint
pour la mère patrie.
Deux causes ralentiront ce peuplement, deux
lleaux, qui dépendent surtout de la chaleur du climat
: la fièvre et l’alcool.
i Contre la fièvre> nous avons un auxiliaire précieux
qui manquait aux Romains, la quinine; mais
nous leur sommes bien inférieurs sous le rapport
e ygiène. Nous plaçons plus mal nos centres et
nous n apportons pas le même soin qu’eux dans la
recherche des eaux d’alimentation. L’emplacement
de nos centres a généralement été choisi en dehors
de toute préoccupation hygiénique.
i La consommation de l'alcool en Algérie, malgré
1 ardeur du climat, est loin d’être aussi considérable
qu’on se le figure ; mais les effets nocifs des boissons
alcooliques sont bien plus intenses dans les pays
chauds. Souvent ce sont les nouveaux venus qui
sont les moins sobres. Les malheureux émigrés de
1 Alsace et de la Lorraine ont été vite décimés par
ce fléau, pour n ’avoir pas voulu modifier leurs
Habitudes.
Si les Français pouvaient prendre l ’habitude de
soutenir et d’aimer leurs compatriotes . établis à
étranger, au lieu de les traiter en suspects; si nous
pouvions nous débarrasser de notre paperasserie
et de nos rouages administratifs aussi compliqués
que vexatoires pour les indigènes, nous serions les
premiers colonisateurs du monde.
^ On paraît se préoccuper surtout en France de
I avenir des indigènes. On ne voit en eux que de
pauvres victimes dépossédées, que l’on suppose
maltiaitées par les colons. C’est encore une manière
trop étroite de voir les choses. Les indigènes sont
surtout victimes de nos rouages judiciaires et des
spéculateurs éhontés qui traoaillent avec la loi. Le
vrai colon, celui qui cultive, est plutôt leur ami ; il
leur est en tout cas utile. Du reste, quoi que l’on
fasse, il faudra toujours que la terre passe entre les
mains de celui qui la fait produire. Or les Arabes
n ’ont ^ fait qu’un vaste désert de la riche Afrique
romaine, Ils n ’ont qu’un moyen de salut pour
1 avenir, c est de se mettre résolument au travail.
Cette initiative, ils sont incapables de la prendre
eux-mêmes, et c’est de ce côté que le grand courant
arabophile qui existe en France devrait diriger ses
efforts. Les réformes proposées en leur faveur, telles
que le droit de vote, l’instruction prématurée, ne
contribueront qu’à précipiter leur ruine en les détachant
de leur religion et de leurs institutions ; ils le
sentent bien eux-mêmes. On peut dire que l’Arabe
a soif d’un régime juste, mais autoritaire, d’une
direction ferme, intelligente et suivie. Qu’on leur
apprenne à bien utiliser les terres qui leur restent et
ils pourront redevenir riches. Leur aisance fera
celle des colons. Les intérêts des deux populations
sont solidaires et non opposés.
II y a beaucoup à espérer de la population kabyle
dans cet ordre d’idées.
Battanpieiî et Tpabut, — Algérie. 23