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]1;U' lui-même, d'autres de mettre ce blanc à profit pour lui faire produire des Champignons.
Mais l'origine | tremiùre de ce blanc est due au hasard qui le fait apparaître assez souvent dans
le fumier de cheval en fermentation lorsqu'il a reçu accidentellement des spores du PmlUoia :
ce blanc se pré[)are aisément, se laisse même dessécher sans perdre de ses qualités, et reprend
toute son activité vitale en se retrouvant placé dans des conditions favoi'abies. Î1 est jirobable
(¡u'il se régénère directement de lui-môme par la simple elongation de ses cordons mycéliques
et [leut-étre aussi par des formations conidiales propagatrices. Dans tous les cas, c'est avec le
blanc desséché ([ue les cultivateurs de ce [iroduit le multi|)hent, pour le dessécher de nouveau,
en vendre la [)resque totalité et n'en conserver qu'une partie nécessaire à une nouvelle reproiluction.
C'est, en somme, toujours le même végétal,multiplié jiar une sorte de bouturage successif,
ce (]ui expiiipie très bien la permanence dans les cultures des variétés grise ou blanche
du Cbanqiignon de couche, suivant l'em|iloi du blanc reproductif de ces Variétés. On obtient
facilement ce blanc, l'été, en en ¡ilaçant de petites galettes sous du fumier de cheval fermenté,
dans des fosses peu ])rofondes, que l'on recouvre ensuite de terre légère bien battue, et maintenue
fratche plutôt qu'humide. Au bout de trois semaines environ, tout le fumier présente dans
son intérieur des cordons blanchâtres, visibles à l'oeil nu, composés d'un grand nombre de
hlaments mycéliques réunis dans le sens de leur longueur. On divise avec soin ce fumier en
galettes larges comme la main, que l'on fait sécher et qui dès lors renferment le blaiK à employer
pour la culture proprement dite du Champignon.
Lorsque cette culture doit s'etfectuer en plein air, les jardiniers préparent une couche, c'està
dire qu'ils creusent légèrement le sol et, dans la cavité ainsi préparée, entassent du crottin de
cheval émietté, l'arrosent légèrement, le piétinant ou le bat tant avec soin, de façon à lui donner
une forme en dos d'àne d'envii'on un mètre de largeur sur un demi-mètre de hauteur , la longueur
déi)endant de l'importance que Ton veut donner à la culture. La fermentation à peu près
terminée, au bout de dix jours environ, et lorsque le fumier est encore chaud, on y glisse à la
main les petites galettes de blanc, de 30 en :iO centimètres, dans des cavités de 5 à 0 centimètres
(lue l'on rebouche avec soin. Il ne reste plus qu'à étendre sur le tout une couverture de
2-3 centimètres de terreau et à y entretenir une humidité constante, en n'oubliant pas d'abriter
cette couche sous des paillassons pour la préserver de l'action du soleil et de la pluie. Six semaines
après, d'ordinaire, en été, commence la récolte des Champignons.
La culture en grand exige avant tout un abri complet à air conGné et une température tiède
constante pour pouvoir être faite sans interruption. Les longues et profondes carrières des environs
de Par i s ont été depuis longtemps utilisées à ce point de vue, et l'on sait quelle extension
le commerce a fait prendre à cette culture I
L'industriel ou Champignonniste, qui peut tirer parti d'une de ces carrières, la fait clôturer
hermétiquement dans la partie qu'il veut utiliser. Une fois le sol parfaitement uni et nettoyé, il y
dispose ses meules, c'est-à-dire de très longues couches de fumier en dos d'àne ayant GO centimètres
de hauteur, et autant en largeur à la base ; elles sontséparées les unes des autres par un
espace libre d'environ .50 centimètres. Le fumier dont elles sont composées a déjà suffisamm
e n t f e r m e n t é p o u r n e p r o d u i r e q u ' u u e c h a l e u r d e l i O à 'il|-.LeChampignonnisteprocède,après
cette installation,à l'opération du lardaijc, c'est-à-dire qu'il introduit, de M) en 30 centimètiïs,
dans le fumier des meules, do très petites galettes de blanc, comme cela se pratique pour les
couches. Il attend ensuite deux ou trois semaines, s'assure que le blanc a bien repris, et effectue
alors le goplage, c'est-à-dire qu'il recouvre ses meules dans toute leur longueur et sur une
épaisseur de 3-5 millimètres d'un pulvérin decalcaire qui les enveloppe comiilètement. Il arrose
ensuite, mais peu souvent et avec très peu d'eau, la base de ses meules, et n'oublie pas de tenir
le tout parfaitement clos et à l'ai iri de l'air extérieur. Dans ce milieu suthsamment humide où
règne en toute saison une température constante d'environ l.ô à 2I.V', les meules manqu ent rarement
de ne pas produire :1a récolte commence d'ordinaire deux mois après leur installation et
se poursuit pendant le même lapsdelemps. Et connue les ¡¡réparations des meules se succèdent
sans interruption, par l'établissement de meules nouvelles sur des emplacements de meules
stérilisées, le Champignonnisté, toute l'année, trouve toujours dans ses récoltes de quoi alimenter
son commerce.
Ces préparations de couches et de meules sur les terrains appropriés ne se font pas sans exiger
une main d'oeuvre plus ou moins coûteuse. Un sénateur belge, le baron VAX nEn LI.MUÎN
u'I-IooGvonsT, a publié il y a une cinquantaine d'années, une brochure fort curieuse sur la culture
du Champignon de couche, dans laquelle il fait connaKre le moyen de le cultiver jusque
dans l'intérieur des appartements, lïdouard Morren a reproduit le contenu de cette brochure
dans sonintéressant journal d'horticulture, hBekii]iu;horticole, année 1873. Nous en extrayons
le passage suivant.
« CuUtire du Cliampûjnon, dans les apparlcnimts, dans les cages d'escalier, dans les anlichambres
et dans les cuisines.
» Beaucoup de personnes ont de très jolis meubles qui servent à porter des pots à tleurs, les
uns sont en forme de tables, d'autres en forme de buffets : rien n'empêche que le dessous
de ces meubles serve à faire venir des Champignons, et par le moyen très simple que je vais indiquer,
on joindrait l'utile à l'agréable. L'expérience que j'en ai depuis deux ans lève à cet
égard toute espèce de difficultés. J'ai taitl'aire des tiroirs en bois de sapin recouvert de couleur;
ils remplissent le vide qui se trouve sous les gradins portant des fleurs dans mon appartement ;
et moyennant bien peu de soin et sans jamais la moindre odeur, j'ai le plaisir de récolter tout
l'hiver beaucoup de Champignons.
f Je n'emploie en cette circonstance que la bouse de vache séchée, sans aucun autre fumier,
et j e la prépare de la manière suivante : après l'avoir fortement humectée avec de l'eau nitrée
(dans la proportion de deux onces de sel de uitre dissons dans feau tiède pour quaire pieds carrés
de couche), je la fais entasser avec les pieds, à l'épaisseur de quat re pouces environ, toujours