
N'ospén« I'iou dû bon iiuii plus de ce jeune Jiomine qui apprend de son père, vieux gourmand
à l.)iirlje blanche, à couper des Trulles en tranches minces, à assaisonner l'Oronge, et
dans la même sauce à l'aire nager des becs-ligues \ »
Il avait déjà, dans sa Satire V, ¡¡arir des Truffes et rappelé l'inlluenee des orages sur leur
développement, counne l'avait déjà écrit Inline. Le poète s'exprime ainsi :
«On cou[)era ensuite les Trulîes en tranches minces si l'on est au printemps, si le tonnerre
qui leur est propice pr-rmet d'en servir sur les boinies tables. 0 Libye, garde tes blés, disait
Alledius, dételle les boeufs, mais envoie-nous des Trulîes \ »
MM. Tulasne ont l'ailremar(|uer avec raison, dans leurs Fiingi hiipogoei (p. 160) que ces
Truiîes récoltées au prhitemps, ne pouvaient se rapporter à la Trulle noire d'Europe, mais à la
Trulîe blanche d'Afrique ou Terfez des Arabes {Terfezia Leonis de Tulasne).
MARTIAL, dans plusieurs dese?,Ji!pi(/rammes, nous parle aussi des Champignons. Ses critiques
acerbes nous permettent de soupçonner dans quelle estime particulière les Romains tenaient
encore l'Oronge. L'Epigramme qui suit enfait foi :
A CECILI.\INUS
Dis-moi, quelle est cette iui'eur? IMI présence de tes nombreux invités, Gecihanus, lu dévores
seul toutes les < )ronges. Oue te souliaiterai-je qui soit réellement digne de ton ventre et de ton
gosier'? Oue tu manges une Oronge semblable à celle que Claude avait mangée ^ »
Les vers suivants nous montrent que ces Champignons faisaient bien l'objet d'un mets particulier.
« ... Je ne veux pas que tu m'oiïres un turbot, ni un mulet de deux livres, ni des Oronges, ni
des huîtres; je veux... que tu te taises »
Plus loin, Mailial se moque d'un glouton qui fourre dans sa serviette « et la figue poisseuse
el la llasque Oronge^ ».
r)ans une aulre Épigramme, le poète adresse le reproche suivant à Papilus qui vit de peu, de
fèves et d'une ([ueue de poisson :
Nec melius de se cuiciiiani sperare piupiuquo
Coiicedet juveiiis, (¡ni radere tubera terra?,
Holrlum condire, el eudeiii jure nal an tes
Mcrgore ficciliilas didicit, nebuloiie párenlo
El cana nmiistrante gula...
{Salire .Kl V, 6= vers et s
Post iiuic radeulur tubera, si ver
Tune erit, et l'acient optata loiiitrua cconas
Majores. Tibí habe l'runieiitum, Alledius inquit,
O Lihye; disjnnge boves, dum tubera mittas.
{Satire I", 116'vers et s
AD C/ECILIANUM.
Die milii, quis furor eslV turba spectanle vocata,
.Solus bolelox, Caîciliane, veras.
Qiiid iligiium lauto libi ventre gulaquc iirocabor?
Jioleiuìii, qualein Claudiiìs edit, edas.
{Épigr. 21, livre I.)
Nolo niihi ponas rbombiim, mullumve bilibreni :
Nec volo boletos, oslrea nolo : lace.
{lipigr. 45, livre III.)
Et lippa ficus, debilisque boletus.
{Épigr. 20, livre VII.)
« ... LI: tu fais présent d'une tétine de truie, d'un sanglier, d'un lièvre, (TOi'onges, d'huîtres,
demulets : lu n'as ni coeur, ni esprit, Papilus'.»
Ailleurs, notre poète fait une ])einture assez triste d'une cam])ngne ([u'on lui a donnée aux
portes de Rome. Quel jardin minuscule !
«... L'Oronge n'y ])eut entrouvrir son volva, les grosses figues n'y [leuvent l'ire, les violettes
s'épanouir^ »
Il est certain que l'Oronge ne pourrait tout au plus se développer que dans un pare.
Martial se moque, dans une autre Épigi'amme, d'un amateur de citrouilles (pii les apprête de
toutes les façons, et sous toutes sortes de formes :
c<... Il leur fait imiter les Oronges, les saucisses, la (pieue du jeune thon, et même les pelils
anchois^ »
Le poète se rit plus loin d'une autre pei^sonne qui traite trop bien sa fièvre ;
« ... Elle mange des Oronges, des huîtres, de la tétine de Iruic, du sanglier\ »
Mais les Oronges constituaient un plat deluxe et de grande table, il ne.faut pas l'oublier.
Cela ressort du reste de l'Epigramme suivante :
« Tu me fais servir des Oronges et du sanglier, comme des mets ordinaires, et tu ne crois pas
encore avoir rempli mes voeux, .le le veux bien. Mais si tu penses ainsi me rendre heureux..,
Non, car le repas qui me plait, c'est celui queje puis rendre »
Aussi, servait-on ces Champignons sur un plat spécial appelé hohtaria, en tous points digne
de contenir cet aliment divin. Martial le fait parler ironiquement de la façon suivante :
P I A T AUX ORONGES
« Alors que les Oronges m'avaient valu un nom si glorieux, on m'emploie à servir, ó honte,
de petits bourgeons de choux ! »
Un aulre passage nous fera connaître le peu de réputation qu'avaient, àcôté des Oronges, les
Cèpes, sinon notre véritable Cèpe, du moins des espèces voisines :
« ... Pourquoi ne me sert-on pas à table les mêmes mets (pi'à toi?... Tu t'adjuges des iiuitres
1. Sumen, aprum, loporem, boletos, ostrea, mullos,
ìliltis ; b.ibes noe cor, Papile, nec geiiiiim.
{Épigr. 78, livra Vil.)
Non boletus iiiare, non marisca:>
lUderc, ani viola> patere possaul.
{Épigr. 18, livre XI.)
3, ßo/eio.s-imitalur, cl bolellos,
El caudani cyhii, brevesque moeuas.
{Épigr. 31, livre XI.)
4 . Coenat boletos, oslrea, sumen, aprum.
{Épigr. il, ime Xll.)
Boletos et aprum si laiiquam vilia ponis
El non esse pulas bmc mea vola : voio.
Si forlunatum fieri me credis...
II.Tc mibi, quam possum reddere, coena placel.
(Kpiçir. 48, livre XII.)
BOLETAUIA.
Quum mibi boleti deilerint tam imbile nomen,
Protolomis, pudet ben ! servio coiieulis.
(Épigr. 101, livre XIV.)