
En iva-j cl 1787 ¡laraissaieiU successivGmcnL deux ouvrages qui firent époque dans la science
cten i->arliculierdans la mycologie. LINNÉ publiait, en eiïet, à ces dales, son Syslcma Naluroe et
son Gonem Planlanim. Par la revolution fort heureuse qu'il fit faire plus lard, dans l'art de
nommer les plantes cl les animaux, en leur appliquant sa méthode binominale, LINNÉ se donna
le droit de leur imposer des dénominations nouvelles qu'il n'était pas facile de modifier par la
suite. Non seulement il se trouvait engagé de celle façon à consacrer inconsciemment l'erreur
dont il ne se i-endait pas compte, mais il était encore enlratiié malgré lui à pouvoir en comnieltrede
nouvelles tout aussi regrettables.
C'est ainsi ipie dans le à' ordre" (Fungi) de la 2 V classe [Cryplogamia] de son système sexuel,
il établit dix genres de (lliampignons, dans lesquels se trouvent fusionnés tous les genres
créés par ses prédécesseurs.
L AGAUICUS = Amanita de Dillen (tous les Champignons portant des lamelles sous le
chapeau).
2. BOLETUS = Bold us de Dillen, Suilhis et PoJyporus de MicbeU (tous les Champignons
inférieurement poreux).
3. \l\\}i<mi ^Erinaceus de Dillen et de Micheli (tous les Champignons hérissés de pointes).
i . Pii.\LLUS = .l/ORC/IE//A de Dillen, Boletus et Phallo-Boletus de Micheli (tous les Champignons
creusés de cavités : Morilles, P/ia//î<s).
5. CiATUitus = Ckdhrus de Micbeli (le Clatbre grillagé).
(J. ELVEL.V = Fangoides de Vaillant, Fimgoides et Fungoidaster de Micheli (ITelvelles des
modernes).
7. PEZIZA = Pcziza ou Pezica de Dillen, Fnngoides de Vaillant, Cyathoides de Micbeli (Pezizes
des modernes).
8. CL-WARIA = Clavaria et Corallofungus de Vaillant, Coralloides de Tourneforl, et Fungoides
de Dillen (Coralloïdes).
9. LYCOPEUDON = Lycoperdon de Tourneforl et TrutTes.
10. Mur.oR = il/itcor de Micheli et autres genres du même auteur pour les Moisissures et
divers petits Cham[>ignons.
Nos lecteurs (lui se rappelleront ce que nous leur avons exposé des connaissances mycologiques
des anciens et qui s'élormeronl ajust e titre du peu déplacé qu'elles tiennent dans le
système linnéen, ne pourront manquer de se livrer aux réflexions suivantes :
L'Agariciis ou VAgarictim des anciens qui s'appliquait au Polypore officinal (ou Polypore du
Mélèze) devient le type générique des Champignons à chapeau portant des lamelles. Le Boletus
des Romains qui désignait l'Oronge, c'est-à-dire le type le plus complet des Champignons à
lamelles, devient le type générique des Champignons poreux. L'Rydnum, traduction latine du
' nom ySvûv, nom de la Truiïe chez les Grecs, va servir de dénomination générique aux Cham[)ignons
hérissés de piquants ou d'aiguillons. Le nom dePhailns sert à réunir deux groupes de
Champignons nettement séparés par tous les auteurs ; les Morilles et le Satyre. Le mol de Cicéron
Elvela ou ilelveUa, douteux comme nom de Champignon, déjà employé à tort par G. Bauhin
comme synonyme de l'Oronge et dont la valeur même ne résulte que d'une signification contestable,
prend ainsi lUie place au liasard dans la nomenclature. Restent enfin les mots d'origine
grecque Peziza ou Pezica que tous les commentateurs rapportaient aux J.ycoperdons et qui
vont être utilisés pour désigner de tout autres Champignons, alors que le nom de Lycoperdon
va lui-même être appliqué aux TruITes. Il faut avouer ([u'il était difficile de mieux introduire la
confusion dans les rapports de la nomenclature nouvelle avec la synonymie des anciens et de
rejeter avec plus de mépris tout ce que nous avaient transmis la Renaissance et rAnli<|uité.
Avant de poursuivre le cours de celle histoire, nous croyons utile de nous arrêter un instant
sur la réforme de la nomenclature dont Linné a été l'auteur. Comme tous les réformateurs,
Linné avait eu des précurseurs, et parmi eux Tourneforl et Vaillant. M. Saint-Lager, dans son
très intéressant mémoire sur Y Inventeur de la nomenclature b i naire{lS^), rappelle ce que disait
déjà Tournefort, en 171.9, dans la préface de ses IiistiluUones reí herbnrioe : « Chaque plante doit
être désignée par un'nom générique suivi d'une notation spécifique Il imjiorte que le nom
spécifique soit très court et ne ressemble en aucune manière à ces longues phrases descri[)tives
dont Breyn, Morison et leurs imitateurs, ont fait aussi étrange abus. Certes, autre chose estde
nonniior une plante, autre chose est de la décrire. »
Or, de son côté, Boeriiaave imprimait ce qui suit, en 1727, dans la préface á\j Dotanicon parisiense
de Y aiilnnl : «Après s'être servi de toutes les occasions qu'il avait eues pour se perfectionner,
Vaillant crut qu'il pourrait enfin établir une méthode générale des piaules en prenant
dans les fieurs les marques pour distinguer les classes; quant aux caractères des genres, il voulait
les prendre de toutes les parties indilféremment selon que cela s'accommoderait mieux avec
sa méthode. Il s'était aussi proposé, après qu'il aurait établi les classes et les genres le plus solidement
et le plus distinctement qu'il était possible, de leur donner des noms, dont la seule dénomination
aurait donné une idée distincte, propre et certaine de leurs attributs. 11 promettait
ensuite de faire connaître les espèces avec tant de facilité, en ajoutant seulement on deux
pour exprimer leur marque particulière qu'on n'aurait eu presque aucun besoin d'autre distinction
pour connaître avec certitude toute sorte de plantes »
Linné, qui s'était peu à peu pénétré de ces mêmes idées, sut réaliser les projets de
nomenclature de ses devanciers. En 1750, il publia dans sa T'hilosophia bolanica, les solides
fondements de sa réforme, et, en 1753, il en appliqua les principes dans son Species planturum.
Parmi les espèces qui nous occupent, celles qui reçurent ainsi les premières le baptême de la
nomenclature binaire sont (avec leurs noms d'origine linnéenne) : La Chanterelle (Agaricus
Cantharellus), la fausse Oronge {Ag. miiscarius) le Sanguin {Ag. deliciosus), le Poivré blanc
{Ag. piperatm), le Champignon de couche {Ag. canipestñs), le Mousseron {Ag. Georgii), le Cèpe
jaune {BolcLus lulms), le Cèpe pleureur {B. granulalus), le Cèpe lomentcu>L {B. snblomenlosa.'i),