
altitude de 326 mètres et profond seulement de 14 mètres. 11 a mesuré, en effet,
24°,8 à la surface, 16° à 5 mètres et 6°,3 à 12m,50'.
V. — Classement, au point de vue thermique,
des la c s en trois ty p e s différents.
La considération du maximum de densité nous permet d’adopter pour les lacs
une classification qui offre de très grands avantages pratiques et de les répartir en
trois groupes différents :
Io Lacs dont la température superficielle ne descend jamais au-dessous de 4°;
2° Lacs dont la température superficielle est tantôt au-dessus, tantôt au-dessous
de 4°;
3° Lacs dont la température superficielle ne s’élève jamais au-dessus de 4°.
Dans les lacs du premier groupe, les couches les plus chaudes sont toujours
au-dessus des couches les plus froides. On dit que la stratification thermique y est
toujours directe. Ces lacs ne peuvent pas geler.
Dans les lacs du deuxième groupe, tantôt les couches les plus chaudes sont
superposées aux couches les plus froides, tantôt c’est l’inverse qui se produit. On
dit que la stratification thermique y est tantôt directe, tantôt inverse. Ces lacs sont
susceptibles de geler à partir du moment où la température de la surface a atteint 4°;
car, alors, les eaux en se refroidissant, cessent de tomber dans les profondeurs et,
dans certains cas, elles peuvent rapidement atteindre la température de 0°.
Dans les lacs du troisième groupe, les couches les plus froides sont toujours
superposées aux couches les plus chaudes ; on dit que la stratification thermique y
est toujours inverse ; ces lacs sont susceptibles de geler en toute saison.
Par analogie avec la désignation vulgaire des climats, M. Forel a très heureusement
appelé les lacs du premier groupe lacs du type tropical, ceux du second
groupe lacs du type tempéré et ceux du troisième groupe lacs du type polaire
Remarquons qu’un lac, dans nos climats, n’appartient presque jamais au type
tropical dans toute son étendue. Nous avons vu3 que la profondeur moyenne d’un
lac est un régulateur de température et que, en conséquence, toutes choses égales
d’ailleurs, la température superficielle d’une certaine région d’un lac est sujette à
1. Je cite ra i é g a lem en t, com m e a y a n t d e s temp éra tur es p ro fon d e s r em a rq u a b lem en t fr o id e s, l e la c
d e B e sd on n o je , p r è s d e B ie lsk (R ussie), où l ’on a tr o u v é , au x d a tes du 22 ju in e t du 4 ju ille t (l’an n é e
n ’e s t p a s in d iq u é e ), 17°,8 à la su rfac e e t 5°,2 à p a r tir d e 6 m è tr e s , la p ro fon d eu r du la c é ta n t de
•12 m è tr e s . Ces tem p é ra tu r e s p a r a issen t devoir ê tr e a ttr ib u é e s à d e s so u r c e s (Krahmer, d ie Seen d e r
Gouvernements T w e r, Pskow u nd Smolensk, Globus, Bd. LXVIII, Nr. 2 1 , p. 335, 1895).
2. En r é a lit é , M. F o r e l {Léman, t. II, p . 302) c o n sid è r e là tem p é r a tu r e des c o u ch e s p ro fon d es e t n on
c e lle d e s co u ch e s su p e r fic ie lle s. Mais i l e s t é v id en t q u e la v a r ia tio n d e c e s d eu x ca tég o r ie s de cou ch e s
a u -d e ssu s e t a u -d e s so u s de 4° se fa it s im u lta n ém en t e t dans le m êm e sen s . S eu lem en t l’amp litud e des
v a r ia tion s d e s co u ch e s su p e r fic ie lle s e s t p lu s c on sid é rab le , e t il e s t p lu s fa c ile d e le s ^tudier.
3 . P a g e 150.
des variations d’autant moins grandes que cette région est plus profonde. On comprend
donc très bien que, dans un même lac, la région située au-dessus de la plaine
centrale soit du type tropical, tandis que les parties plus voisines des bords appartiennent
au type tempéré.
Cherchons à répartir les lacs français dans les trois groupes en question.
1 ° L A C S D U T Y P E T R O P IC A L
A l’exception des nombreux étangs d’eau salée du littoral méditerranéen, dont
le régime thermique n’a d’ailleurs guère été étudié, les lacs du type tropical
paraissent être très peu nombreux en France. Je n en connais qu un seul au sujet
duquel il ne puisse s’élever aucun doute : c’est le lac de Genève.
Au-dessus de la plaine centrale de ce dernier, entre Évian et Ouchy, jamais,
d’après les mesures faites depuis 1879, soit par M. Forel, soit par moi-même, la température
de la surface n’est descendue au-dessous de 4°. Cependant, à la fin du grand
hiver 1890-91, il s’en est fallu de bien peu que cette limite ne fût atteinte. Le sondage
fait par M. Forel, le 21 février 1891, montre que, ce jour-là, la température
était de 4°,4 à la surface, de 4°,2 à 10 mètres et que, à partir de 20 mètres,
toute la masse du lac était à 4°,1. Si la température de 1 atmosphère ne s était pas
radoucie au commencement de mars, on aurait peut-être assisté à la congélation du
lac entre Évian et Ouchy, phénomène sans précédent dans l’histoire.
La série des températures que j ’ai prises le 2 avril 1891 montre d’ailleurs qu’à
cette époque le lac ne s’était encore que très peu réchauffé; ce jour-là la température
était à la surface de 4°,6; mais, à partir de 10 mètres jusqu à 150 mètres,
toute la masse du lac était à 4°,2.
J’ai même, dans la matinée du 2 avril, constaté au-dessus de la plaine centrale
une température de 4°,1, due probablement à un rayonnement nocturne intense.
Mais, pendant cet hiver rigoureux de 1890-91, la température de la surface du
Petit Lac et du Haut Lac, moins profonds que la partie comprise entre Évian et
Ouchy, est descendue au-dessous de 4° et des congélations partielles se sont produites
sous forme de radeaux de glace.
De tout ce qui précède on peut conclure que, au-dessus de la plaine centrale,
la limite inférieure de la température superficielle du lac de Genève est 4° et que cette
limite n’est atteinte que dans les hivers exceptionnellement froids. Le lac est donc
bien du type tropical dans la région de plus grande profondeur. Quant à lalimite
supérieure, elle paraît être de 24°, d’après les observations de M. Forel et les miennes.
2° LA C S D U T Y P E T EM P É R É — PH É N OM È N E S D E C O N G É L A T IO N
La plupart des autres lacs français appartiennent au type tempéré ; la température
de leur surface est susceptible de tomber au-dessous de 4°. Pour certains lacs,