
Tel est le cas au lac d’Issarlès (Ardèche), bordé au nord-ouest par un amas de
projections basaltiques et granitiques, de l’autre côté duquel jaillissent un certain
nombre de sources à un niveau qui est de 30 à 60 mètres plus bas que celui du
lac. Comme, en de nombreux points de la région nord-ouest, le sol du lac n’est
point recouvert de vase, comme de plus le lac n’a pas de déversoir, nous sommes
bien sûrs que cette région est le siège d’infiltrations sous-lacustres.
Tel est encore le cas au lac de Sylans (Ain)1, soutenu au sud-ouest par une
digue formée d’éboulis perméables. Au pied de cette digue, à 1500 mètres de
distance du lac, jaillit, près du hameau de Neyrolles, une source qui paraît bien
provenir du lac. Cette hypothèse est d’autant plus vraisemblable que le déversoir
du lac de Sylans est souvent à sec, alors que celui-ci continue à recevoir des
affluents assez abondants.
Je citerai encore le lac de Lovitel (Isère), qui est également soutenu par
une digue d éboulis; sur le versant extérieur de cette digue apparaissent une foule
de petites sources, qui toutes jaillissent de 75 à 115 mètres au-dessous du niveau
du lac. Ce lac n a pas de déversoir et il est alimenté par des affluents importants ;
là encore les infiltrations à travers la digue sont manifestes.
Enfin, nous avons vu plus haut/ que, au fond du lac de Chaillexon, se trouve,
à la profondeur de 31m,50, un entonnoir par où s’échappe un émissaire sous^-
lacustre; mais ce lac a encore d’autres écoulements souterrains; car, de l’autre
côté du seuil rocheux qui le barre à l’aval, un peu avant d’arriver au célèbre Saut du
Doubs, un grand nombre de sources sont visibles à un niveau supérieur à celui du
fond de 1 entonnoir, témoignant de puissantes infiltrations à travers la digue
fissurée3.
Parmi les lacs sans déversoir, qui ont nécessairement un écoulement sous-
lacustre, je citerai :
Dans les Alpes : le plus occidental des lacs Robert (fig. 46), le lac Crop4, le
lac d Allos, le lac de Lovitel, le lac Long (col de la Vanoise), le lac Charvin5 ;
Dans le Plateau Central: les lacs d’Issarlès, du Bouchet, d’Estivadoux6, de
Montcyneire, des Bordes7;
Sur le littoral atlantique, le lac Marion.
4. Voir P l. XXII, ch ap itre XI. La so u r c e d e N ey ro lle s ja illit dans la p e tite p iè c e d’eau s itu é e p rès
du p o in t c o t é 553.
2 . P a g e s 32 e t 82.
3. M. T h oû le t d it [Bull. S . G. P ., 7 e s é r ie , t. XV, 1894, p . 563) qu ’u n e p e tite q u a n tité d’ea u filtr e à
tr a v ers la m o r a in e q ui so u tien t à l ’o u e s t le la c de Gérardmer. Malgré d es r e ch e r ch e s m in u tie u s e s , j e
n a i p u tr ou v e r c e s in filtra tio n s. Toutes le s so u r c e s q u e j ’a i vu es j a illir de la m o r a in e so n t à un niv eau
p lu s e le v é q u e c e lu id u la c . Le fa it s ig n a lé p ar M .T lio u le tu 'e sl d’a illeu r s n u llem en t inv r a isem b lable. L’écou-
em en t so u s la cu str e p eu t tr ès b ien s e p rod uir e à travers u n e m o r a in e , si c e lle -c i n ’e s t p a s trop a rg ileu se.
4 . Com mun ication d e M. P . Lory.
5. Com mun ica tion d e M. Maurice Lugeon.
6 . L ecoq, l ’E au su r le Plateau Central d e la France, p . 3 31.
7 . Lecoq, lac. c it, p . 3 3 3 .
ALIMENTATION ET ÉCOULEMENT BES LACS. 12S
Un certain nombre de lacs ont à la fois un écoulement superficiel et un écou-
Fig. 46. — Lac Robert (massif de Belledonne).
(D’après une photographie de M. Charpenay.''
lement sous-lacustre. Par exemple: le lac de Montriond, dans les AlpesJles lacs de
Sylans, d’Armaille1 (fig. 47),
de Chaillexon, les, deux lacs
des Hôpitaux, dans le Jura ;
le lac d’Aydat®, dans le Plateau
Central. Dans plusieurs
de ces lacs, le déversoir ne
fonctionne qu’en hautes
eaux.
Parfois les deux émissaires,
superficiel et sous-la-
custre, cheminant, l’un pardessus
la digue qui soutient
Fig. 47. - Lac d’Armaillc (Bugey). Dana le fond, la dépression 1(3 laC < à t r aV e r S C e tte
par où s ’écoule le lac en hautes eaux. 23 août 1896. même digue, S e rejoignent à
(D’après une photographie do A. Dslebecquk.)
4. L’ém issa ir e du la c d’A rmaille a é té ap profondi a r tif ic ie llem e n t d’un à d eu x m è tr e s , v ra isem b la b
lem en t p our év ite r l e s inon d a tions p ro v en an t d es v a r ia tio n s con sid é rab le s du n iv e a u du la c (voir plu s
lo in pa g e 432). Sans c e travail, il e s t probable q u e le s e u il du d év e r so ir naturel» n e s e r a it a tt e in t q u e
tr è s ra r ement.
2. Lbcoq, l'Eau su r le Plateau Central de la France, p . 327.