
CHAPITRE X
SITUATION GÉOLOGIQUE ET ORIGINE DES LACS
Dans les chapitres précédents, nous avons examiné les lacs tels qu’ils sont à
l’heure présente ; nous avons cherché à nous rendre compte des principaux phénomènes
physiques et chimiques qui s’accomplissent dans leurs eaux. Il nous faut
maintenant examiner quelle est la situation de ces lacs par rapport aux différents
terrains qui constituent l’écorce terrestre; il nous faut aussi tâcher de découvrir
quelles actions, quelles forces ont présidé à leur formation.
I. — Classification des lacs. — Lacs de barrage. —
Lacs dans la roche en place. — La c s mixtes.
Un certain nombre de classifications des lacs d’après leur origine ont été
faites; je citerai, parmi les meilleures, celles données par M. W. M. Davis1, par
M. I. C. Russell2, parM. Penck3, par le baron de Richthofen4, par M. Supan5.
Le principe général de la classification de M. Supan me paraît être un des plus
simples et des plus judicieux. D’après lui, tous les lacs peuvent se rattacher à deux
types fondamentaux :
1° La cuvette du lac est creusée dans le sol même; elle forme une cavité dans
la roche en place, comme l’indique la figure 62.
2° L’approfondissement du sol n’est qu’apparent et la cuvette résulte ou de
rétablissement, sur le sol primitif, d’un barrage de provenance étrangère, tel qu’un
éboulement, une moraine, une coulée de lave qui barre une vallée (fig. 63), ou de
1. W. M. Da v is, On the classification o f la k e basins (Proc. o f the Boston Soc. o f Nat. B is t ., v o l. XXI,
p . 3 1 5 , 1 8 8 0 -1 8 8 2 ) .
2 . I. C. R u s s e ll, Lakes o fN o rth Ame rica, Boston, Ginn an d C°, 1 8 9 5 , p. 1.
3 . P ence, Morphologie d e r Erdoberfläche, S tu ttg a r t, Enge lh orn , 1 8 9 4 ,2 er T he il, p . 2 0 3 .
4 . V on R ichthofen, Führer fü r Forschungsreisende, B erlin , Oppenheim, 1 8 8 6 , p. 2 6 2 .
5 . S upa n , Grundzüge d e r ph ysisch en Erdkunde, Leipzig, Ve it u nd G°, 1 8 9 6 , p. 5 3 1 .
l’enchevêtrement de plusieurs de ces barrages laissant un vide entre eux : par
exemple, une accumulation irrégulière d’éboulis, de moraines, de débris volcaniques,
etc. M. Supan appelle les lacs du premier type Eintiefungsbecken, ceux du
second type Aufschïittungsbecken, ce que 1 on peut traduire en français par « lacs
dans la roche en place » et « lacs de barrage1 ».
Remarquons d’ailleurs qu’un lac peut à la fois appartenir à ces deux types;
ainsi le niveau d’un lac situé dans la roche peut être ultérieurement exhaussé par
un éboulement ou par une moraine. On a affaire alors àun lac mixte (fig. 64).
Quand donc nous voyons un lac situé derrière un barrage, il serait imprudent
d’affirmer que ce barrage est la cause unique de l’origine du lac. Pour se rendre
compte de cette origine, il faut tracer sur le terrain la ceinture, plus ou moins large,
de roche en place qui entoure le lac ; si cette ceinture est partout à un niveau supérieur
à celui du fond du lac, nous sommes sûrs qu’une partie tout au moins de la
cuvette se trouve creusée dans la roche et que le barrage visible a seulement contribué
à exhausser le niveau des eaüx. La proposition réciproque n’est d’ailleurs
pas toujours vraie; car, si nous trouvons la ceinture rocheuse à un niveau qui
n’est que peu inférieur à celui du fond du lac, nous pouvons bien conclure que la
partie encore existante du lac n’est pas creusée dans la roche en place; mais,
comme nous ne savons pas quelle est l’épaisseur des sédiments qui recouvrent le
sol primitif du lac, il peut très bien exister une cuvette rocheuse à présent comblée
par ces sédiments (fig. 65).
Avant d’étudier l’origine des diverses cuvettes lacustres, il est bon de
remarquer que la présence d’un lac n’est pas la conséquence nécessaire de la formation
d’une cuvette ; la perméabilité de celle-ci d’une part, la nature du climat
1. M. Supan (loc. c it., p . 533) subd ivise à le u r to u r le s la c s de b arrage en Dammseen, o u la c s fo rmés
par un barrage sim p le , e t en Wallseen, o u la c s fo rmés par l ’en ch e v ê tr em en t de p lu s ieu r s b a rra g e s; c e tte
d istin c tio n e s t ju s te , m a is e lle e s t pa rfo is u n p eu su btilé.