
dant, si le lac n’est pas très étendu, il peut arriver qu’il se comble entièrement par
ce procédé. Tel serait, d’après M. F. Louis Perrot*, le cas de l’ancien lac de Chedde5,
F ig. 144. — Lac de Gaube. A gauche o n v o it la saillie formée d a n s le lac p a r le m onticule d errière ieque
se tro u v e u n b a s s in isolé.
(D’ap rè s u n e photographie de M. L. Lévy.)
entre Saint-Gervais et Servoz (Haute-Savoie), qu’un éboulement de rochers a
rempli en 1837.
2° LA V É G É T A T IO N E N V A H IT LE FO ND DO LAC QUI SE T R A N S FO RM E
EN T O U R B IÈ R E
Ce phénomène se produit dans les parties peu profondes des lacs; il a puissamment
contribué à la diminution dé plusieurs lacs des Vosges, tels que ceux de
Blancbemer, de Séchemer et de Lispaeh. Je crois qu’il peut rendre compte également
du fait suivant. Parfois, entre deux lacs voisins se trouve une petite plaine
d’alluvions ayant tout à fait l’apparence d’un cône de déjection, et cependant on ne
voit aucune rivière qui ait pu apporter les matériaux nécessaires à la formation de
ce cône. Tel est le cas des trois lacs de Conzieu, dans le Bugey, qui sont séparés
1. Arch . S . P. N . Cf., 3e p é r io d e , t. XXXIII, 1893, p . 394.
2 . Carte g éo lo g iq u e au — fe u ille An ne cy.
deux à deux par des prairies marécageuses et absolument plates, sans qu'aucun
cours d’eau vienne descendre des versants qui les entourent. 11 est probable qu autrefois
ces lacs ne formaient qu’un seul bassin, divisé en trois compartiments par
des seuils qui affleuraient presque la surface de l’eau ; la végétation s ’est peu à peu
emparée de ces hauts fonds et les a nivelés en leur donnant l’horizontalité des
deltas torrentiels.
3° L E S A L L U V IO N S COMB L EN T LE LAC
Nous avons distingué1 plusieurs natures d’alluvions : l’alluvion lacustre
grossière, l’alluvion lacustre impalpable, l’alluvion fluviatile grossière et 1 alluvion
fluviatile impalpable. Dans beaucoup de lacs du Jura ou du Plateau Central qui
sont alimentés presque exclusivement par des sources voisines du rivage, l’alluvion
fluviatile fait presque entièrement défaut; elle paraît même manquer totalement
dans ceux qui n’ont qu’une alimentation souterraine, tels que les lacs du Bouchet,
Ferrand, d’Estivadoux, des Bordes, de Laspialade, de Lacoste, dans le Plateau
Central. Les dépôts qui se font dans ces derniers lacs proviennent des matériaux
arrachés au rivage par les vagues. Comme, en général, les lacs de cette nature ont
des dimensions restreintes, les vagues n’y sont pas très fortes; l’alluvion lacustre
ainsi produite est peu importante et le comblement se fait avec une extrême lenteur.
J’ajouterai que, dans les lacs à bassin calcaire, il se produit peut-être un exhaussement
du fond par suite de la précipitation du carbonate de chaux dissous dans les
eaux; ce dépôt est, nous l’avons vu2, assez vraisemblable, mais il n’a pu encore
être démontré.
Au contraire, dans certains lacs, l’alluvion fluviatile l’emporte de beaucoup sur
l’alluvion lacustre. Tel est le cas des lacs alimentés par les fleuves glaciaires. Ainsi
des analyses sommaires ont montré que le Rhône apportait environ 5 millions de
tonnes d’alluvion par an au lac de Genève3, ce qui représente à peu près un volume
de 2 millions de mètres cubes, soit, à titre de comparaison, presque le volume du
lac de la Godivelle-d’en-Haut (Puy-de-Dôme), qui cube 2736 000 mètres cubes4. Le
lac de Retournemer, dans les Vosges, qui cube 380000 mètres cubes5, disparaîtrait
en deux ou trois mois sous les alluvions du grand fleuve alpin. Un calcul très simple
fait voir que le lac de Genève, qui cube 89 milliards de mètres cubes, serait comblé,
rien que par les apports du Rhône, en 45000 ans6. La grande plaine peu inclinée
1. P a g e 84.
2. Page 99.
3. F .-À . F o r e l, le Léman, t. I, p. 377.
4 . Voir pl. XIV.
5. Voir p l. XV.
6. M. F o r e l (Léman, t. I, p . 378) p ré ten d qu ’il fau t au gm en te r ce ch iffr e , en ten a n t com p te d e la
q u a n tité d’a llu v io n n é c e s sa ir e p our m én a g e r la p en te q u e le Rh ône aura lo r sq u ’il co u le r a su r l ’em p
la c em en t du la c a c tu e l. En su pp o sant a u Rh ône u n e p en te de 2 p. 1000, c e lle qu ’il a dans l e Valais