
mais, à cette profondeur, elle passe par un minimum, variable de 4° à 5° suivant la saison,
et elle remonte ensuite pour atteindre entre 90 et 100 mètres la valeur de 7°.
Si j ’ajoute que la composition de l’eau dans les profondeurs (0gr, 52 de résidu
fixe par litre) est très différente de celle de l’eau de surface (0gr,07), et que, au-
dessous de la couche de 25 mètres, l’eau renferme une notable quantité d’hydrogène
sulfuré, on est amené à conclure que seules des sources peuvent expliquer
ces écarts thermique et chimique ainsi que l’abondance de l’hydrogène sulfuré,
dont on ne trouve en général que des traces dans les eaux lacustres. D’ailleurs,
comme nous l’avons vu*, la nature du fond, où la vase manque en plusieurs endroits,
nous amène à une conclusion analogue.
Remarquons que, dans le lac de la Girotte, la densité de l’eau croît, malgré
l’élévation de la température, de la surface au fond, comme l’exigent les lois de
l’hydrostatique, et cela par suite de l’augmentation de la quantité de matières dissou tes.
Comme d’ailleurs le lac est peu étendu et très encaissé, il ne peut être le siège
de courants intenses; les eaux de surface et lès eaux profondes ne peuvent s’y
mélanger que très imparfaitement. La surface est alimentée par des torrents pauvres
en matières dissoutes; au contraire, les profondeurs reçoivent des eaux de sources
chaudes et très chargées, qui font obstacle au développement ordinaire de la stratification
thermique2.
d . — AFFLUENTS SOUS-LACUSTRES DU LAC DU MONT-CENIS
Je crois aussi qu’il faut attribuer à des sources les températures très singulières
que j’ai observées au lac du Mont-Cenis à deux reprises différentes. Ce lac, profond
de 30 mètres, m’a donné les résultats suivants :
% O C T O B R E 1893. 8 A O U T 1894
Degrés. Degrés.
S u r fa c e ............................. 10,2 S u r fa c e ................... .... . 14,6
5 m è t r e s . . . . . . . 10 ,0 . . 15 m è tr e s . . . . . . . 14,0
10 10,0 2 5 — 10,2
15 10,0 30 — (fond) . . . 9,8
30 . (fond) . . . 9,8
1. Page 103.
2. Il fau t remarq u er l ’an a lo g ie frappante q ui e x iste en tr e la ma r ch e des temp éra tur es dans le la c de
la Girotte e t dans la m e r N o ir e . Dans la m e r N o ir e (v o ir la n o te de M. Vbnokopf, C. R ., t. CXI, p. 930,
1890) la temp éra tur e p a sse , à la p rofon d eu r d e 54 m è tr e s, par un m in im um d e 7°,1 p our r em o n te r et
a tte in d r e 9°,3 à 2 200 m è tr e s. En m êm e tem p s, la sa lur e a u gm en te d e 17,29 p . 1000 à la su r fa c e à 22,33
p. 1000 à 1650 m è tr e s . Les co u ch e s su p é r ieu r e s r en fe rm en t d e l ’ea u r e la tiv em en t d ou c e à ca u se de la m u ltitu
d e d e s g rands a fflu en ts qui s’y d év e r sen t. E lle s s e str a tifien t th e rm iq u em en t a u -d e s su s d e s co u ch e s
p ro fon d es p lu s sa lé e s e t p lu s lo u rd e s. On trouve au ssi dans la me r Noire d e l ’h ydr o g èn e su lfur é ; m a is
i l n e sem b le pas p ro v en ir d e so u r c e s com me au la c de la Girotte. M. Androussoff l’a ttr ib u e à la d é com p
o sitio n d e co rps o rg an iqu es n o y é s à u n e ép oq ue an té r ieu r e .
Dans ce lac, situé à l’altitude de 1928 mètres, une température de 9°,8 à la
profondeur de 30 mètres est extraordinairement élevée. Le lac n’étant pas très
étendu, il serait difficile de l’attribuer à un brassage des eaux par les courants. Nous
avons vu d’ailleurs que, au lac de Saint-Point, où ce brassage se fait dans des conditions
particulièrement favorables, et qui est situé plus de 1000 mètres plus bas
que le lac du Mont-Cenis, la température, à 30 mètres de profondeur, atteint au plus
7° à 8°. On pourrait à la rigueur expliquer l’uniformité des températures observées
le 2 octobre 1893 par le refroidissement automnal; mais cette explication ne peut
s’appliquer aux températures du 8 août 1894, prises au coeur de l’été. On est amené
à supposer la présence au fond du lac de sources relativement chaudes. L’existence
d’affluents sous-lacustres paraît d’ailleurs prouvée par ce fait qué, en été, les
affluents sont souvent tous à sec sauf un (celui des Nants), tandis que l’émissaire
continue à débiter beaucoup plus que ce dernier, le niveau du lac restant d’ailleurs
à peu près invariable.
Les petits entonnoirs qui se trouvent près de l’île du lac du Mont-Cenis et que
j ’ai signalés à la page 81 paraissent bien d’ailleurs être le siège de sources; toutefois
je n’y ai trouvé aucune température anormale; il est possible que la température
de ces sources fût égale à celle du lac à l’époque où j ’ai fait mes observations.
e , — AFFLUENTS SOU.S-LACUSTRES DU LAC DE CHAILLO.UX
M. A. Magnili1 attribue aussi à des sources la basse température qu’il a trouvée
Fio. 54. — Lac de Chailloux (Bugey), 25 août 1896.
, (D'apròs uno photographie de A. Dklbbbcqoe.)
le 22 août 1892 au fond du lac de Chailloux (Bugey) (fig. 54), situé à la faible
1. Les Lacs du Jura, p . 63.