
marais de Lavours ; c’est dans ce dernier bassin que le Rhône s’est déversé et, aidé
du Séran, il l’a sans doute assez rapidement comblé. De sorte qu’aujourd’hui le
Rhône coule à côté du lac qu’il traversait autrefois et reçoit ses eaux par un émissaire
de 3 500 mètres de longueur, qui est le canal de Savières ; cependant, à certaines
époques de l’année, cet émissaire se transforme, nous l'avons vu1, en affluent,
et une partie des eaux du Rhône reprend, comme autrefois, le chemin du lac du
Bourget.
Remarquons que, depuis le moment où le Rhône a coupé le lac en deux jusqu’à
celui où il a comblé le lac d’aval, le niveau du lac d’amont, ou, si l’on veut, du lac
actuel, s’est élevé légèrement. Ce dernier lac était, en effet, soutenu par un delta torrentiel
qui s ’exhaussait continuellement à mesure que la pointe s’avançait dans le
lac d’aval.
Enfin nous avons vu plus haut2 que le delta du Sierroz tend, comme celui de
l’ancien Rhône, à couper le lac en deux et que même son travail est assez avancé,
puisqu’il a commencé à le décomposer en deux bassins.
3° l a c d ’a n n e c y -
Le lac d’Annecy (voir pl. III) s'étendait autrefois au sud du côté de Faverges,
mais il est impossible de fixer son ancienne limite ; car la vallée de l’Eau-Morte,
affluent du lac, est séparée de celle de la Chaise, affluent de i’Arly, par un seuil élevé
seulement d’une cinquantaine de mètres au-dessus du lac; et, ainsi que je l’ai dit
plus haut3, nulle part, entre Albertville et l’extrémité méridionale du lac, on ne
rencontre la roche en place, qui cependant forme vraisemblablement un seuil près
de Marlens ; tout est recouvert par les alluvions et les éboulis.
Du côté du nord, le lac s’étendait vers la coupure de la Balme ; la plaine des
Fins, qui limite le lac au nord-ouest est bien un delta torrentiel du Fier ; on trouve
en effet, dans l'entaille que cette rivière s’y est creusée, à peu près à mi-chemin
entre le pont de Crans et celui de Brogny, sur la rive gauche, les couches inclinées
caractéristiques des deltas torrentiels.
Il parait probable que les eaux du lac, ou mieux, pour exclure toute hypothèse
sur l’âge de ce dernier, les eaux de la vallée où se trouve à présent le lac, s’écoulaient
autrefois dans la rivière des Usses par la trouée située au sud de la pointe de
la Balme et la vallée des Petites-Usses. Des moraines sont venues encombrer ce
passage, et, pour surmonter cet obstacle, le lac aurait dû s ’élever jusqu’à la cote
4884, soit à peu près à 42 mètres au-dessus du niveau actuel ; mais il a trouvé, à
1 P a g e i 14.
2. P a g e 64:
3 . P a g e 299.
4 . Cette co te e s t c e lle d u p o in t l e p lu s é le v é d e la rou te d ép a r tem en ta le n° 1 d e la Haute-S a v o ie,
dans la tr a v ersé e des m o r a in e s de la Balme.
une altitude inférieure, le seuil rocheux de Crans, par lequel il s est déversé, en formant
le Fier actuel.
Le profil en long de cette dernière rivière était,, el est encore, loin d’être arrivé
à sa forme définitive. Elle se jette en effet dans le Rhône, un peu en aval de Seyssel,
à peu près à la limite probable de l’ancien lac du Bourget ; le point de rencontre des
deux rivières joue par rapport au Fier le rôle de niveau de base, et 1 altitude de ce
point, qui est à présent de 249 mètres, était nécessairement un peu moins forte
autrefois, puisqu’il se trouve, ainsi qu’il est facile de le constater à 1 inspection
de la carte géologique au ¿ 5', sur une
plaine d’alluvions qui a recouvert le confluent
primitif. Quant au niveau du lac
d’Annecy, il était autrefois d’environ
430 mètres ; car telle est à peu près l’altitude
des couches inclinées visibles au-
dessus du lit moderne que le Fier s’est
taillé dans son delta. La pente était donc
d’aumoins 181 mètres pour 35 kilomètres
ou, én nombre rond, de 5 p. 1000, c’est-
à-dire trop forte pour le volume d’eau que
charriait le Fier. L’érosion régressive
s’est donc mise à l’oeuvre, et elle est
remontée assez haut pour entamer le
seuil rocheux de Crans (fig. 150), après
avoir formé un peu en aval, à Lovagny,
les célèbres gorges du Fier (fig. 151).
Toutefois, contrairement à ce qui s’est
passé au lac de Genève, le niveau du lac
n’a pas été abaissé depuis la période glaciaire
Fig. 150. — Seuil rocheux de Crans entaillé p arle Fier,
15 octobre 1895.
(D’ap rè s une photographie de A. Dblebbcqtje.)
; il a, au contraire, été exhaussé. Pendant que le Fier émissaire travaillait à
creuser son lit, le Fier affluent ne restait pas inactif ; il apportait dans le lac son delta
torrentiel. Toute la partie nord-est du lac s’est trouvée comblée avant que l’érosion
régressive ait atteint le seuil de Crans ; en même temps, comme le Ilhpne au lâc du
Bourget, le Fier cessait de se jeter dans le lac, dont il recueillait les eaux par Tinter
médiaire du Thiou ; de plus, il continuait à exhausser son.della2 derrière lequel le lac
1. F eu ille Nantua.
2. 11 p a ra ît p eu p rob able q u e l e F ie r a it jam a is cou p é l e la c en d eu x ; p r e sq u e to u te la p a r tie n o rd -
o u e st du la c a dû s e tr ou v e r c om b lé e lo r sq u e l e d e lta du F ie r e s t v en u to u ch e r l e s eu il d e Crans. A ce
m om e n t, l e n iv e a u du la c é ta it de 430 m è tr e s. Ce d e lta a dû c o n tin u e r à s’a v a n c e r su r c e seu il, q u i form
a it p rob ab lem en t u n e so r te d e c o l p la t e t a llo n g é , an a lo g u e à c e u x qu ’on tr ou v e so u v en t d a n s le s
mon ta gn e s, e t le s co u ch e s su pé r ieu r e s o n t p u a in si a u gm en te r en ép a isseu r to u t c om m e s i le d e lta s’é ta it
avan cé dans u n la c . On re trou v e d’a illeu r s, s em b le - t-il, a u d e ssu s d u s eu il r o c h e u x , q u e lq u e s lam b ea u x
d e ce d e lta r e sp e c té s par l ’é r o sio n .