
ADDENDA
Je consigne ici les résultats de quelques explorations que j ’ai faites pendant
l’impression de cet ouvrage.
Dans les Alpes, j’ai visité le lac d'Anterne et le lac de Gers.
A ma grande surprise, j ’ai trouvé le lac d"Anterne encore presque entièrement
gelé le 9 juillet 1897, jour de ma visite; seuls les bords étaient libres de
glace, et j’ai dû, à mon vif regret, renoncer à naviguer sur ce lac et à en mesurer
les profondeurs. La cuvette du lac est dans l’étage oxfordien, et la barre rocheuse
qui le soutient à l’aval est formée par le malm ou jurassique supérieur. L’émissaire
s’engouffre dans une fissure après un parcours à l’air libre d’une vingtaine de
mètres ; il est très probable qu’il revoit le jour un peu plus bas, pour aller grossir
le ruisseau qui forme la cascade d’Anterne et se jette dans le Giffre un peu en
aval de Sixt.
J’ai trouvé, le 10 juillet, pour le lac de Gers, une profondeur maximum de
5”,30 dans la partie aval. La température superficielle du lac était, à neuf heures
et demie du matin, de 13“, la couleur avait le numéro VI de la gamme de Forel,
mais en beaucoup plus clair, et la transparence était de 3m,50 à 4 mètres. Le lac
s ’écoulait par un émissaire superficiel, et je n’ai pu vérifier s’il existe également des
infiltrations souterraines (voir p. 248).. Le résidu sec de l’eau de surface, prise le
10 juillet, a été trouvé de O^OSS par litre.
Dans les Pyrénées, j'ai exploré les principaux lacs du bassin du Salat (lacs de
Lers, Garbet, de Guzel, d’Aubé, de Betmale et dAraing), les lacs Bassiès, dans le
bassin de l’Ariège, enfin le lac de Peyrelade, situé sur le flanc N. W. du pic du Midi-
de-Bigorre.
Le lac de Lers a une profondeur de 17“,10 vers le milieu; j ’avais donc raison
de dire à la page 46, que c’était un véritable lac et non point une mare. Il possède
une ile’voisine du bord méridional; entre cette île et le rivage, il n’y a que 0",70
de profondeur. La température du lac était de 20“ le 17 août 1897 à midi, la couleur
avait le numéro XI de la gamme de Forel et la transparence «tait de 6»,50 a
7 mètres. La cuvette du lac est entièrement dans la lerzolite en place, et l’émissaire,
après un faible parcours, s’engouffre dans une cavité qui s’ouvre au contact du calcaire
et de la roche éruptive ; il peut être intéressant de noter que c’est dans la partie
de la cavité formée de roche calcaire que disparaît le cours d’eau. On dit que les
eaux de l’émissaire du lac de Lers forment la source de Neuf-Fonds, qui jaillit à deux
kilomètres en aval d’Aulus; je n’ai aucune opinion personnelle sur la vérité de
cette assertion; si elle est exacte, le lac de Lers est tributaire du Garbet, et non de
l’Arac, comme je l’ai dit à la page 384. Lorsqu’on se dirige du lac de Lers vers le
col, situé au S., qui mène dans la vallée d’Aulus, on trouve, un peu en amont du
lac, d’abord un lac presque entièrement desséché situé dans la lerzolite, puis un
ancien lac situé partie dans la lerzolite, partie dans le calcaire.
J’ai trouvé pour le lac Garbet une profondeur de 26", 40 au milieu ; toutefois, le
brouillard m’ayant arrêté au milieu de mes observations, d est possible que la
profondeur maximum du lac soit légèrement supérieure à ce chiffre. Sur la rive
droite du lac existe une petite lie formée par des éboulis (voir p. 345).
Le 18 août 1897, la couleur du lac avait le numéro VI et la température de l ’émissaire
était, à. la sortie du lac, de 11»,5 à dix heures et demie du matin. Le lac Garbet
est dans le granit en place, qui présente, tout autour du lac, de magnifiques surfaces
polies par les glaciers; au pied de l’escarpement rocheux qui soutient le lac, se
trouve une petite plaine qui parait être le siège d un ancien lac.
Le lac de Guzet que, vu son peu d’importance, je n’ai pas mentionné dans le
tableau des lacs, a une profondeur de 6",50. Couleur VIII, transparence 4 mètres
(16 août 1897). On ne trouve la roche franchement en place qu’à quelques mètres
au-dessous du niveau du lac, de sorte qu’il est difficile de fixer la situation géologique
de ce dernier; peut-être est-il dû à une moraine ou à des éboulis.
Le lac dAubè a une profondeur de 45 mètres, qui est remarquable, si l’on
considère la faible superficie du lac. L’altitude de 1463 mètres que, d’après le dictionnaire
de Joanne, je lui ai attribuée à la page 384, est beaucoup trop faible ; 1 altitude
vraie est probablement supérieure à 2000 mètres. La couleur du lac était comprise
entre les numéros IV et V, mais un peu plus claire, et la transparence était
de 14 mètres le 21 août 1897 ; la température del’émissaire était de 11»,5 à 11 heures
du matin. Le lac est dans le granit en place, qui présente de très belles parois
polies par les glaciers. En aval du lac se trouvent, sur le parcours du ruisseau du
Fouillet, deux petites plaines qui paraissent être d’anciens lacs comblés. Le lac
d’Aubé est l’un des plus pittoresques, mais l’un des moins facilement accessibles
de la région.