
LACS. COULEUR. TRANSPARENCE. DATES.
Lac d’A r lo u s t e ........................................... ’ IV 11 “ ,00 5 ju ille t 1894
Lac d e M igu e lou ........................................... IV 21“ , 00 7 — • ' Üp I p
Lac de G aub e................................................... III 14“ ,00 10
Lac d’E s t o m .................................................... III 17“ ,50 11 — —
Lac de Tracens (bassin du Gave de Pau), III 14“ .00 14 B jjjj —
Lac d ’E s c o u b o u s ........................................... IV 11 “ ,00 14
Lac B le u ........................................... .... III 13“ ,00 17 — —
Lac d e Cap-de-Long...................................... IV 11“ , 50 19 — —
Lac d’O r é d o n . .................................... IV 11 “ ,00 - 20 — — •
Lac d’A um a r ..................................................... -V I 11 “ ,00 20 —; .. — -
Lac d’A u b e r t..................................................... IV 15“ , 00 20 HÜ —
Lac de Caïllaouas........................................ III 10“ ,00 21 HBbMH
Lac d e N a g u ille ........................' ..................... VI 8“ ,50 27
Lac L a n o u x ...................................... .... V 11 “ ,00 28
On voit parfaitement le fond au lac d’Estom, dont la transparence est certainement
supérieure à la profondeur.
Par contre, j ’ai trouvé au lac de Tignes, le 30 juillet 1893, une transparence de
2“,30 seulement avec la couleur IV ; mais, comme je l’ai dit plus haut *, une forte
pluie avait sali la veille les eaux du lac sans en altérer la couleur fondamentale. Au
lac d’Oo, j ’ai trouvé, le 23 juillet 1S9-Ï. à la suite de pluies torrentielles, unetraus-
parence de i"’,S0 ; mais le lac était excessivement trouble ; sa couleur, probablement
bleue d’habitude, était ce jour là V11-V1H. M. Belloc a d’ailleurs trouvé, par une
belle matinée d’août, le chiffre de 18“,30
La transparence de tous ces lacs est dépassée par celle de quelques lacs suisses,
et en particulier par celle du lac bleu de Lucel, dans la vallée d’Arolla. M. Forel3 a
cherché la transparence de ce lac dans la direction horizontale; car sa profondeur
n’est que de quelques mètres. Il a trouvé 60 mètres, soit la plus grande longueur
du bassin. Les observations sont limitées par la longueur même du lac et la transparence
est peut-être notablement plus grande.
3° R É SUM É ET C O N C L U S IO N S
En résumé, dans l’état actuel de nos connaissances sur la transparence des
lacs, il est permis d’énoncer les lois suivantes :
1° La transparence des lacs est variable dans le même lac d’une région à l'autre
1. P a g e 178.
2 . E. B e l l o c , Recherches orographiques e t lacustres d am les Pyrénées centrales (Ann. C. A. P .,
1 8 9 4 , p . 4 6 0 ).
3. Le Léman, t. II, p. 424.
et d’une saison à l’autre. Elle est d’autant plus grande que l’on s’éloigne des affluents
troubles; elle est plus forte en hiver et en automne qu’en été et au printemps.
2» La transparence est en général d’autant plus forte que la couleur du lac occupe •
un numéro d’ordre moins élevé dans la gamme Forel. Les lacs bleus sont d’ordinaire
plus transparents que les lacs verts, et ceux-ci le sont plus que les lacs jaunes.
3° La transparence la plus forte a été observée en France sur le lac de Genève
et sur le lac de Miguelou (Hautes-Pyrénées) : elle a été trouvée égale à 22",30 sur le
premier et à 21 mètres sur le second ; elle est probablementplus considérable encore
sur certains lacs de haute montagne, notamment dans les Pyrénées. Les observations
faitps sur certains lacs suisses ont donné des c h i f f r e s notablement plus forts.
La transparence peut se réduire à quelques décimètres quand le lac a une couleur
jaune foncé ou lorsqu’il est très trouble.
m . — Mirages. F a ta Morgana.
Le mirage a été étudié depuis longtemps sur le bord des lacs. Bravais et Biot
ont donné des théories fort complètes de ce phénomène* et M. Forel* a fait une
description très détaillée de ceux qu’on observe sur le lac de Genève. 11 est
cependant une espèce de mirage qu'on observe assez fréquemment et dont l’expli-
- cation ne m’a jamais paru avoir été donnée d’une manière satisfaisante : ce sont les
fata morgana. Voici en quoi elles consistent :
Les objets séparés de l’observateur par une certaine étendue d’eau (quelques
kilomètres) paraissent amplifiés dans le sens vertical; leur diametre apparent est
notablement plus grand que dans les conditions de la réfraction atmosphérique
ordinaire ; des murs, des maisons de quelques mètres de haut sont transformés en
d’immenses falaises, dont l’imagination sicilienne a fait les palais de la fée Morgane.
Souvent une couche de brume semble flotter entre ces objets et 1 eau. Ces fata
morgana sont très fugitives ; en général, elles persistent quelques minutes, disparaissent,
reparaissent, et ainsi plusieurs fois de suite. Le plus souvent, au moment
où elles cessent, l’objet, qui était singulièrement amplifié, paraît prendre des
dimensions excessivement réduites. En même temps, sur la nappe d eau où se produit
le phénomène, la dépression de l’horizon apparent varie considérablement
d’un moment à l’autre ; elle varie aussi d’un endroit à l’autre, de sorte que
l’horizon apparent représente une ligne ondulée, perpétuellement mobile. Une condition
essentielle pour que le phénomène se produise est que l’atmosphère soit très
calme. Les fata morgana sont visibles sur le Léman en été et surtout au printemps,
par les premières chaudes journées, alors que la température du lac est encore très
basse ; mars, avril et mai sont les mois où je les ai le plus souvent observées.
1. A. Bravais, Notice sur le mirage (Ann. mèt. de la France, 1852, p . 227). — B io t, Recherches su r les
réfractions ex tra o rd ina ires qu i ont lieu p r è s d e l’horizon (Mém. d e l’In stitu t d e France, 1810).
2 . F.-A. F orel, le Léman, t. II, p . 514 e tse q .